L'Équipe
 
 
 
Raymond Chalifoux
Sommelier-conseil


Parcours professionnel

Vraiment pas monotone…

Aujourd'hui, je suis assez fier d'avoir pu faire trois carrières, plutôt qu'une seule comme la plupart des gens...

J'ai d'abord été « prêteur »; pendant quinze ans. J'utilise ce terme plutôt que « banquier » parce que si j'ai été à l'emploi de la Banque Toronto Dominion pendant 10 ans, c'est plutôt au service de « compagnies de finance » - disait-on à l'époque -, que j'ai appris ce métier. C'est d'ailleurs en tant que spécialiste de crédit à la consommation que j'ai été recruté par la banque en 1976. *

Pendant cette décennie à la TD, j'ai occupé tour à tour les postes de préposé au crédit à la consommation, puis au financement hypothécaire, puis celui de « comptable », puis celui de directeur de succursale, et enfin, de directeur de secteur adjoint, crédit commercial et industriel. Bref, j'ai été promu onze fois en dix ans… Et, ayant été nommé à l'âge de 29 ans, j'aurais été (à ce moment-là) le plus jeune directeur de succursale de cette institution.

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Trois ans avant de quitter la banque, en 1982, j'ai vendu le bungalow que nous habitions à Terrebonne pour acheter notre premier bar laitier, à Blainville. Suzanne, feue ma conjointe d'alors (le cancer l'a emportée l'année de notre 25 e anniversaire de mariage..) avait, auprès de sa mère, tout appris de ce métier et elle était absolument re-dou-ta-ble.

Après Blainville, il y eut Place Versailles, où - c'était alors un tout nouveau concept -, nous avons greffé au bar laitier un comptoir à salades, soupes, sandwichs, et autres cafés. Puis nous avons acheté un autre bar laitier (aussi doublé d'un café) à Beloeil. Enfin, l'année du 350 e anniversaire de Montréal, en 1992, j'ai ouvert une première concession alimentaire - avec terrasse et permis d'alcool - au Parc Jean Drapeau.

Cette année-là, soit dix ans après l'achat du premier commerce, le chiffre d'affaire annuel combiné des trois compagnies dont j'étais ou propriétaire ou partenaire, dépassait le chiffre magique de un million de dollars. À cette époque, le montant d'achat moyen par client dans mes établissements était à moins de cinq dollars..!

En 1993, répondant à la suggestion de l'administration du Parc Jean Drapeau, j'ai ouvert un comptoir de « dépannage » où l'on faisait aussi la location de vélos et de patins à roues alignées : bonjour les touristes et bonjour le « fun noir » !

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Et le vin dans tout ça?

J'ai commencé à m'intéresser au vin avec le plus grand sérieux dès 1972; absolument fasciné par la multiplicité et la complexité de l'offre dans les magasins de la SAQ. En rétrospective, il me semble aujourd'hui tout à fait évident que j'avais déjà pressenti que le vin pouvait - en plus de m'apporter bien du plaisir chaque fois que j'en buvais - m'ouvrir les portes à la fois du monde et d'un monde… particulier, étonnant. Je me suis donc mis à acheter les livres sur le vin que je trouvais en librairie et dès que sont apparus les cours sur le sujet, je m'y suis inscrit. Peu à peu, ils y sont tous passés : ceux de la SAQ, des Amitiés Bachiques, de l'Amicale des sommeliers du Québec, des Belles Soirées de Jules Roizeux à l'Université de Montréal, etc. À une époque, en plus des cours et des clubs (L'Amicale et Les Amitiés), je dégustais régulièrement à Longueuil, en début de semaine avec Michel Chagnon (SAQ sur Chemin Chambly) et les vendredis soirs à Beloeil avec René Gilbert (SAQ St-Bruno). En clair, le vin, j'y investissais tous mes temps libres et la totalité (et même bien davantage…) de mon budget loisir.

Puis, en 1994 et 1995, ça a été, ma foi, assez… magique : mon univers « vin » s'est mis à bouger de tous bords, tous côtés. En début d'année 94, la revue La Barrique a accepté de publier - contre rémunération - (Wow!) mon récit d'une tournée des plus grands Crûs Classés de Bordeaux faite en octobre 1993 avec Alain Proteau, Denis Marsan et une trentaine d'abonnés du Courrier Vinicole. Au printemps, j'étais inscrit à une série de cours de l'Amicale des Sommeliers, or, un bon soir, profitant de la pause, j'ai déclaré au président du club qui était sur place que je me savais - et hors du moindre doute - capable de faire vraiment beaucoup mieux que le mec parfaitement plate et endormant qui dispensait leur cours… Quelques mois plus tard, je recevais un appel de ce monsieur : un des profs, pour cause de mauvaise santé, était incapable de dispenser les cours du premier niveau et, si je me sentais d'attaque, on m'offrait le poste. Alléluia!

En juin, l'été suivant (1995), comme j'avais constaté que la clientèle locale de la boutique de location de patins à roues était très majoritairement du Plateau Mont-Royal, question de mousser les affaires un brin et sans trop investir, j'achetais de la pub radio sur les ondes de CIBL FM 101.5. À la jeune représentante qui était passé à la boutique pour le contrat, j'ai déclaré mi-sérieux, mi-bouffon, que si jamais la station avait quelque intérêt pour une chronique hebdomadaire sur le « saint jus », j'étais leur homme. Or, à peine 48 heures plus tard, j'avais déjà une audition à la station : au bout de cinq minutes tout au plus, le responsable enlevait son casque d'écoute et me lançait : « Très bonne diction, expertise évidente quant au sujet, timbre de voix on ne peut plus radiophonique! Alors vous êtes prêt à commencer quand? » Nous étions mardi et je lui ai dit que la meilleure journée pour une chronique sur le vin serait juste avant le week-end, soit le jeudi : deux jours plus tard je cassais la baraque avec une chronique sur le cépage grenache. Moi qui toute mon adolescence avait tripé sur le génie radiophonique de l'animateur Michel Desrochers , j'étais aux anges. J'ai fait des chroniques à CIBL jusqu'en mai 2006 : pendant 12 ans!

Ce même été 1995, Mario Lamarre - qui était alors Conseiller en vin à Longueuil -, m'annonçait qu'il allait s'inscrire, pour septembre, à un cours de sommellerie offert à l'École hôtelière de Drummondville, lequel cours donnait accès - après les examens appropriés et la soumission d'un mémoire, là-bas en France -, à un diplôme de sommelier conseil de l'Université du vin de Suze-La-Rousse. Ça a fait badaboom ! Nous nous sommes inscrits tous les deux… et, comme disent les anglosaxophones , « All the rest is history ». Pour les détails, cliquer ici.

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* Dans ce milieu, à l'époque, les gens issus de la « finance » étaient hautement respectés car il était de notoriété que ces entreprises – presque toutes états-uniennes -, enseignaient (comme dans…imposaient) une rigueur exemplaire à tous ceux qui passaient chez elles; et tout spécialement chez « Household Finance » où je suis resté pendant quatre ans. Chez cette dernière, la culture d'entreprise était empreinte d'une telle rigidité que, non seulement étions-nous assujettis à un code vestimentaire strict (comme chez IBM, le port du blazer marine et de la chemise blanche y était, disons, très fortement recommandé) mais les employés devaient, entre eux, faire usage du « vous ». De plus, les succursales étaient dotées non pas d'une… mais bien de deux salles de repos : une pour les gars et une autre pour les filles! Yes sir : interdit, qu'il était, de luncher, de fumer, bref de copiner ne serait-ce que quelques minutes entre employés de sexe opposé..!

** « Le fun noir »? Ciel, et comment donc! À compter de 1995, ayant vendu les restos dans les centres commerciaux, il ne me restait que les concessions du Parc des Îles : un mois de travail « festif » en hiver (comme concessionnaire à la Fête des Neiges) et six mois l'été… La rentabilité était médiocre, je l'admets, et l'été c'était du 12 heures sur 24 et du 7 jours sur 7; mais imaginez un peu que vous disposez de cinq mois de vacances par année, et que pendant les six mois de la belle saison, vous vous rendez travaillez en pantalon court, chandail polo, casquette de baseball, dans un des plus beaux espaces du Québec, et que vous rencontrez des touristes venus de partout, avec lesquels vous échangez sur mille et un sujets, avec un plaisir constamment renouvelé… Ça mérite bien certains accommodements!

« Le grand vin, une fois, c'est euphorisant,
Le bon vin, chaque jour, c'est bonheurisant »
R.C.


 
 
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