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Armagnac le Grand

 
 


Il faisait quoi, votre grand-père, (ou votre arrière-grand-père) en 1929 ? Jusqu'à la fin du mois d'octobre, il rêvait peut-être de la nouvelle Ford modèle A qu'il allait pouvoir s'offrir, au printemps de 1930, à même les profits qu'il réaliserait à la vente de ses actions…

Photos de Raymond Chalifoux - Tous Droits Réservés

Sauf que la Bourse de New-York a kraché d'aplomb alors que personne ne s'y attendait. Et bien des rêves ont été emportés presto avec l'eau du bain. Cela a été dur et ça l'a été pendant longtemps. Mais ça nous aura au moins valu, à l'humanité, «  Les raisins de la colère  » de John Steinbeck , entre autres chef-d'œuvres immortels.

En 1929, chez Château de Laubade, on faisait déjà de l'Armagnac. Et ce qui est impressionnant aujourd'hui, c'est qu'ici même au Québec, votre aïeul pourrait… demain soir, vous raconter sa version de la « Grande Crise » en sirotant un dram d'Armagnac Château de Laubade 1929 (SAQ 494963 – 495.00$) que vous lui auriez servi, question de le rendre un peu plus bavard…

Voilà ce qu'il y a de grandiose avec l'armagnac, ce grand alcool du Sud-Ouest de la France : on peut encore dénicher de saintes reliques, incrustées dans l'histoire moderne de l'humanité, et particulièrement chez ces antiquaires de l'appellation que sont les Lesgourgues, propriétaires à Laubade.

Il y a quelques années, Lise et moi avons été reçus là-bas (quel souvenir précieux nous en gardons…) et nous avons ramené à cette occasion un Armagnac de plus de cinquante ans que nous ne partageons que très exceptionnellement. (C'est le genre de truc qu'on prend quasiment à la cuillère, si vous voyez ce que je veux dire…)

De toute façon, les Québécois, on n'est pas très alcool. Ces trucs-là, c'est chaud en bouche, ça saoule trop vite, ça donne la gueule de bois, et culturellement, ça ne nous ressemble pas du tout. Mais, ceci dit, on ne dédaigne pas « la crème de la crème » , bien au contraire. Pour les très vieux scotch, les cognacs XO, les vieilles grappa, les vieux armagnacs, qui avec le passage du temps (de beaucoup, beaucoup de temps) s'affinent au point de devenir une réelle caresse pour le palais, alors ça, on n'hésiterait pas à cracher dedans pour en faire plus comme on dit…

La SAQ offre présentement à prix (plus) raisonnables, des armagnacs de la très bonne maison qu'est Tariquet. Pour les cuvées haut de gamme, le fournisseur attitré semble bien être le Château de Laubade, avec au catalogue pas moins de six (6) produits coûtant de 80$ la bouteille de 750ml à 495$ la demi-bouteille de Laubade 1929.

Exorbitant? Allons donc. N'avez-vous pas cessé de fumer? Et il y a combien de temps, déjà? Et elle vous coûtait combien, chaque année, cette petite habitude? Vous voyez, c'est toujours relatif, les tarifs!

Comme le dit cette expression que j'haï à m'en confesser mais que j'utiliserai quand même parce que tous vous la connaissez, du très vieux Château de Laubade, c'est comme « le Petit Jésus de Prague en culottes de velours » . Et, au plan aromatique, c'est absolument inimaginable de longueur et de complexité. Des moments de bonheur comme il y en a peu…

 

Post-scriptum au sternum
La famille Lesgourgues est aussi propriétaire, entre autres domaines, (voyez la liste sur Google) du Château Peyros , en appellation Madiran. La SAQ offre dans le moment (on l'a goûté hier, 24 avril 2008) la cuvée Vieilles Vignes 2001 (488742 - 17.95$). Mais, soyez prévenus, vous n'aimerez pas beaucoup : grenat presque noir et quasi épais dans le verre - pour être si peu filtré -, ce vin est rustique, bourru comme un marin Basque, ses tanins nombreux sont grincheux, et il ne vous présentera d'abord - et pendant plus de deux heures, ce qui n'est pas rien - que des arômes.. fermiers, qui ne paieront pas de mine dans vos verres en cristal.

En clair, ce vin a au premier contact une gueule de rouge du Sud-Ouest des années 50. Ou, exprimé autrement, il est à des kilomètres de ce style «  Voilà! Up in your face!  » si fréquent de nos jours. Mais, si vous êtes prêts à lui montrer que vous n'êtes pas intimidé le moins du monde, que vous le prenez par le col et le passez en carafe à 17 heures pour ne le boire qu'à 19, et que, pour qu'il ne soit pas trop dépaysé - quand même -, vous lui présentez de belles grosses cuisses de canard bien roses et bien dodues, alors vous n'en reviendrez pas comment le Père Peyros peut devenir aimable et convivial. Apprivoisé, il vous sortira d'on ne sait où, des arômes de cerises noires bien tanniques, d'une telle pureté et d'une telle persistance, que vous en serez bouche bée. C'est captivant, les conquêtes ardues; et c'est plus gratifiant.

En ce qui me concerne, j'ajouterai ceci en terminant : un rouge âgé de presque sept ans, qui met deux heures à s'ouvrir dans un verre grand comme ça, qui une fois ouvert vous en met plein la bouche pendant une autre heure et qui coûte moins de 20 piastres, moi j'en veux dans ma cave : c'est un vrai! Et je soulignerais au passage que toute cette matière qu'on n'a pas filtrée, elle semble avoir exactement le même effet protecteur que ces lies qu'on laisse dans les bouteilles des meilleurs Porto; les Vintage et Single Quinta Vintage. Et, en plus, l'étiquette est fort jolie.

Post-scriptum au sternum – Bis

Quels sont les 10 cépages autorisés pour produire de l'Armagnac?

Ugni Blanc, Colombard, Folle Blanche, Baco blanc, Clairette de Gascogne, Graisse, Jurançon Blanc, Mauzac blanc, Mauzac rosé, et Meslier Saint François.

 

Raymond Chalifoux
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