Le recours aux antidépresseurs ne relève guère de la médecine factuelle
Trois récentes publications scientifiques et les dernières statistiques de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) soulèvent d'inquiétantes questions sur leur prescription!
Par Gilles Parent, ND.A. et Lise Guénette , ND.A.
Membres du comité médiatique de l'Association des naturopathes agréés du Québec
Selon un article publié dans La Presse Canadienne le 23 janvier 2008, le nombre d'ordonnances d'antidépresseurs remboursées par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) aurait plus que doublé depuis l'an 2000. Pire ! En 2007, il aurait même augmenté de 15 % par rapport à 2006. Les coûts imputés à la RAMQ s'élèvent à 115 millions, et si nous tenons compte des remboursements effectués par les régimes privés d'assurances, nous pouvons plus que doubler ce montant. En 2007, au Québec seulement, les médecins auraient prescrit 5,9 millions d'ordonnances d'antidépresseurs. Avons-nous raison de nous alarmer ? L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) prévoit que les problèmes de santé mentale seront en 2010 la seconde cause d'invalidité majeure.
À quelles hypothèses pouvons-nous nous rattacher pour expliquer ces statistiques?
- Y aurait-il vraiment une épidémie de dépressions?
- Certains facteurs psycho-sociaux, la malbouffe, l'usage excessif de stimulants (caféine, drogues, alcool), l'exposition à de nombreux polluants neurotoxiques (y compris certains médicaments), l'obésité et le diabète, ne seraient-ils pas en cause?
- Les médecins seraient-ils trop prompts à prescrire des antidépresseurs?
- S'ils le sont, comment pouvons-nous justifier leur comportement?
- L'efficacité des antidépresseurs, prescrits à répétition et sur des périodes prolongées, aurait été surévaluée. Les compagnies pharmaceutiques auraient-elles poussé leur publicité au point de faire croire aux professionnels de la santé qu'une multitude de symptômes normaux reliés aux difficultés normales de la vie, au stress, à l'anxiété ressentie lors d'événements difficiles (examen, décès, nouvel emploi, mariage, divorce, etc.) seraient de véritables états pathologiques requérant le recours à un antidépresseur?
- Auraient-elles aussi caché les effets secondaires et la toxicité des antidépresseurs, laissant les médecins présumer de leur « quasi innocuité »?
Même en nuançant partiellement les questions, il serait facile de répondre par l'affirmative à chacune de ces hypothèses.
Les médecins auraient la gâchette facile pour prescrire des antidépresseurs, surtout si le patient se plaint de quelques symptômes pouvant s'associer à la dépression. En effet, dans une enquête effectuée en janvier 2006 par le Journal de Montréal, le journaliste s'est fait prescrire 271 antidépresseurs en cinq jours seulement. « Dix des 11 médecins consultés ont prescrit des antidépresseurs en quelques minutes à peine ; certaines des consultations n'ayant même pas duré cinq minutes. »
La fatigue et la dépression peuvent accompagner de nombreuses maladies beaucoup plus graves qui nécessiteraient une investigation médicale plus sérieuse et surtout, une thérapie fort différente . On n'a qu'à penser à l'hypothyroïdie, même subclinique, à la résistance à l'insuline, au diabète, à l'anémie, à certains déséquilibres hormonaux, incluant le syndrome prémenstruel ou la ménopause, pour réaliser que malgré des symptômes qualifiés de « dépressifs », la cause est toute autre. Y aurait-il là un manquement à la déontologie et aux exigences de la pratique d'une médecine factuelle?
Cet empressement à prescrire des antidépresseurs n'est qu'une des causes de ce terrible accroissement. Une étude très sérieuse publiée le 26 février 2008 dans la revue Public Library of Science Medicine 1 , est encore plus alarmante. En effet, cette étude démontre que la plupart des antidépresseurs de la nouvelle génération (les plus prescrits) ne sont guère plus efficaces qu'un placebo pour traiter les dépressions légères ou modérées, ces types de dépressions qui représentent le motif le plus souvent invoqué pour la prescription de la majorité des 5,9 millions d'ordonnances effectuées au Québec. De plus, ils n'offriraient que des bénéfices limités pour les dépressions sévères. Ceci ne nous amènerait-il pas à conclure qu'une part importante des quelque 330 millions de dollars dépensés en antidépresseurs au Québec pour traiter les déprimés « ne serait que du gaspillage » ? et que selon son principal auteur, le Dr Irving Kirsch, cette mise à jour « signifie que les personnes déprimées peuvent se sentir mieux sans traitement chimique » ?
Si ce n'était que de leur inefficacité, nous pourrions encore dormir tranquille… mais l'inquiétude s'élève de plusieurs crans lorsqu'on apprend que les revues médicales ne diffusent pas, ou très rarement, les articles scientifiques soumis pour publication et qui relèvent les effets négatifs ou secondaires des divers antidépresseurs. Pourtant, ils doivent être rapportés à la US Food and Drug Administration (FDA). C'est ce qui nous est révélé dans un autre article publié dans l'édition du 17 janvier 2008 du New England Journal of Medicine 2 . En privant ainsi les prescripteurs de ces informations absolument essentielles, on crée un sérieux manque dont les conséquences ne peuvent qu'être néfastes pour la santé du patient. Le médecin, mal informé, est incité à croire que les antidépresseurs sont plus efficaces qu'ils ne le sont réellement. Il ne peut, sans la diffusion complète de l'information, peser le pour et le contre, et faire un choix éclairé.
Si les effets secondaires et la toxicité de la médication comportent beaucoup plus de risques pour la santé du patient que le maigre gain escompté, si effet positif il y a, alors l'usage des antidépresseurs soulève une très grave question d'étique médicale.
Le recours aux molécules synthétiques des antidépresseurs entretient une autre inquiétude encore plus perturbatrice, à savoir que ces substances peuvent avoir des effets neurotoxiques, voire même, générer des effets transgénérationnels épigéniques qui affecteront nos enfants pendant des générations à venir. Qu'on le veuille ou non, les médicaments doivent être considérés comme des substances environnementales potentiellement toxiques pour l'humain, la faune et la flore.
Le regard posé par l'Institute of Neurotoxicology and Neurorological Disorders, dans sa déclaration du 7 novembre 2007, Scientific Consensus Statement on Environmental Agents Associated with Neurodevelopmental Disorders 3 sur les effets des divers composés chimiques de notre environnement, y compris les médicaments, devrait amener les professions de la santé à réfléchir sur leurs approches thérapeutiques et à changer le cap.
Il est grandement temps que la société se penche plus sérieusement sur les approches préventives et thérapeutiques proposées par la naturopathie pour stopper la progression épidémique des dépressions. Comment peut-on penser que la consommation quotidienne et à long terme d'antidépresseurs ne puisse avoir d'effets secondaires ? Rechercher les causes derrière les symptômes représente un des nombreux avantages d'avoir recours à la naturopathie. On ne peut plus laisser cette situation dégénérer. Un sérieux coup de barre est nécessaire. Le système de santé québécois ne peut pas perpétuellement avaler ces coûts faramineux et injustifiés, sans s'approcher inexorablement du gouffre financier.
Bibliographie:
Kirsch, I., Deacon, B.J. , Huedo-Medina, T.B., Scoboria, A., Moore ,T.J. et B.T. Johnson. «Initial severity and antidepressant benefits: a meta-analysis of data submitted to the food and drug administration.» dans PLoS Med ., vol.5, n o 2, 2008, p. e45.
Turner,E. H., Matthews, A.M., Linardatos, E., Tell, R.A., et R. Rosenthal, «Selective publication of antidepressant trials and its influence on apparent efficacy.» dans N Engl J Med., vol. 358, n o 3, 2008, p. 252 à 60.
Gilbert, Steven, G., Scientific Consensus Statement on Environmental Agents Associated with Neurodevelopmental Disorders , produit par le Collaborative on Health and the Environment's Learning and Developmental Disabilities Initiative, édité par Gilbert, Steven. G, Institute of Neurotoxicology and Neurological Disorders , November 7, 2007
* Cet article a été publié dans la revue Vitalité-Québec no. 114 – Mai 2008.
Lise Guénette,
ND.A. et Gilles Parent, ND.A
Membre de l'Association des naturopathes agréés du Québec (ANAQ)
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