L’usage de tout médicament repose sur la notion de risque/bénéfice. En effet, un médicament doit apporter un bénéfice plus élevé que le risque qu’il comporte. Ainsi, plus une maladie est grave, plus les effets secondaires du médicament qui la traite sont « acceptables ».
Il est important de regarder de près cette notion de risque/bénéfice surtout lorsqu’un médicament est prescrit pour un usage à long terme et encore plus lorsqu’il agit davantage sur un facteur de risque que sur la maladie elle-même. Les statines font partie de ceux-ci. Ces médicaments n’agissent pas sur la maladie cardiaque, mais uniquement sur un facteur de risque parmi tant d’autres : le taux sanguin de cholestérol.
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Dans le dernier article, nous avons vu que les statines peuvent entraîner des myalgies (douleurs musculaires) pouvant aller jusqu’à des lésions musculaires nommées rhabdomyolyse. Le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue français, écrit dans son livre (1) « Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent et il vous soignera sans médicament » que :
« Pour de nombreux experts en cholestérol, le principal avantage d’avoir un cholestérol bas ou de le diminuer avec un traitement quelconque c’est de nous protéger des maladies des artères coronaires et de leurs complications. La plus fréquente façon de mourir du coeur est le syndrome de mort subite. Le cholestérol n’est pas facteur de risque du syndrome de mort subite dans les études épidémiologiques. Il y a un consensus – parmi les médecins les moins soumis au marketing de l’industrie pharmaceutique – pour dire que le manque d’activité physique constitue, avec le tabac et des habitudes alimentaires inadéquates, l’un des 3 « méga » facteurs de risque d’infarctus du myocarde. Par comparaison, les relations statistiques entre le cholestérol et la mortalité cardiovasculaire sont peu significatives ou dérisoires. Concernant le risque de mort subite, nous avons la certitude que l’exercice physique est un bon moyen de le réduire. Le problème est que certains médicaments anticholestérol, notamment les statines, sont toxiques pour les muscles à des degrés divers. Ils peuvent induire une simple fatigabilité ou des douleurs musculaires, parfois des crampes et enfin de véritables syndromes de destruction musculaire décrits sous le nom barbare de rhabdomyolyse. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que les symptômes musculaires des statines sont en fait révélés par l’activité musculaire. »
Le risque de toxicité musculaire dépend de la « puissance » des statines. Ainsi, la cerivastatin (Baycol), qui a été retirée du marché en 2001 à cause d’une trop grande toxicité, avait un risque très élevé. À l’opposé, avec la pravastatin (Pravachol), ce risque est beaucoup plus faible.
Risque de myopathie associé à l’utilisation des statines (en ordre décroissant) (2)
- Cerivastatin (Baycol, retiré du marché en 2001)
- Simvastatin acid (Zocor)
- Fluvastatin (Lescol)
- Atorvastatin (Lipitor)
- Lovastatin acid Mévacor)
- Pitavastatin (Non commercialisé au Canada)
- Rosuvastatin (Crestor)
- Pravastatin (Pravachol)
Inhibition du coenzyme Q10 (CoQ10)
Même lorsque le risque de myopathie est relativement faible, il est toujours présent. Ainsi, des réductions importantes de CoQ10 ont été mesurées chez des patients prenant une statine dont le degré de risque est moyen (Lipitor). (3) On sait que cette baisse de coenzyme dans les cellules est directement liée à l’apparition de troubles musculaires. La capacité de renverser la lésion musculaire par l’apport en CoQ10 n’est pas démontrée. Par contre, la prévention, elle, ne fait aucun doute.
Atteinte des fonctions du foie
Idéalement, tout patient sous traitement de statines devrait subir annuellement un test mesurant les enzymes hépatiques (du foie). Le taux sanguin d’enzymes hépatiques (transaminases) augmente chez 3% des patients recevant de l’atorvastatin (Lipitor). (4) Ces enzymes ne devraient jamais se retrouver dans le sang. Le foie les produit pour usage à l’intérieur de ses propres cellules, dans le métabolisme des protéines en particulier. Leur présence dans le sang est-elle dangereuse?
Quand cette classe de médicament (statines) a été approuvée pour la vente, plusieurs experts recommandaient des tests de fonction hépatique de routine chez tous les utilisateurs. Maintenant, les experts s’entendent pour dire que ces tests de routine ne sont pas nécessaires parce qu’ils coûtent cher et qu’ils ne prédisent pas adéquatement le risque de développer une maladie « grave » du foie.
Pourtant, cette atteinte de la fonction hépatique est la démonstration que les statines sont difficiles à métaboliser pour le foie, principal responsable de la dégradation de ces médicaments. D’ailleurs, l’effet secondaire le plus rapporté par les utilisateurs est… la nausée.
Ces deux aspects confirment la nécessité de soutenir le foie. Parmi les produits que pourra vous conseiller votre naturopathe agréé, les extraits d’artichaut représentent un très bon exemple de supplément pour améliorer les fonctions du foie. (5, 6)
Baisse de libido
L’usage de statines chez l’homme semble être associé à une baisse de libido. Des chercheurs se sont penchés sur cet état de fait. Ils ont constaté que les hommes touchés par cet effet secondaire avaient également un taux de testostérone plus faible. Les chercheurs postulent que la diminution du cholestérol induite par les statines cause une diminution de la synthèse de testostérone. (7) Cette théorie est très logique puisque la testostérone est fabriquée à partir de cholestérol. Moins de cholestérol, moins d’hormones. Cette hypothèse suscite cependant de nombreuses questions :
- Est-ce que les statines pourraient « aggraver » la ménopause?
- Pourraient-elles être en cause dans l’apparition de l’andropause?
- Est-ce que la baisse du cholestérol pourrait entraîner une baisse des autres fonctions pour lesquelles le cholestérol est nécessaire comme les fonctions membranaires, les fonctions cognitives, la synthèse des hormones stéroïdiennes (cortisol, aldostérone, oestrogènes, etc.)?
Il s’agit là de spéculations, mais de spéculations basées sur une logique métabolique. Il serait sage de les garder en mémoire si des effets secondaires « curieux » se présentaient.
Conseil du naturopathe agréé ND.A.
Le naturopathe agréé est la personne idéale pour faire un suivi complémentaire et proposer des méthodes différentes pour aider le métabolisme du foie et diminuer les effets secondaires de la médication. Il peut également proposer des suppléments qui agissent seuls ou en synergie avec les statines pour diminuer le taux sanguin de mauvais cholestérol synthétisé par le foie. Le naturopathe agréé est le spécialiste des produits et approches naturels, demandez-lui conseil!
Références
- Dr de Lorgeril, Michel, Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent et il vous soignera sans médicament, Éditions Thierry Souccar, 2007.
- Kobayashi M, Chisaki I, Narumi K, et al. Association between risk of myopathy and cholesterol-lowering effect: a comparison of all statins. Life Sci. 2008 Apr 23;82(17-18):969-75.
- Mabuchi H, Higashikata T, Kawashiri M, et al. Reduction of serum ubiquinol-10 and ubiquinone-10 levels by atorvastatin in hypercholesterolemic patients. J Atheroscler Thromb. 2005;12(2):111-9.
- Clarke AT, Mills PR. Atorvastatin associated liver disease. Dig Liver Dis. 2006 Oct;38(10):772-7.
- Holtmann G, Adam B, Haag S, et al. Efficacy of artichoke leaf extract in the treatment of patients with functional dyspepsia: a six-week placebo-controlled, double-blind, multicentre trial. Aliment Pharmacol Ther. 2003 Dec;18(11-12):1099-105.
- Englisch W, Beckers C, Unkauf M,et al. Efficacy of Artichoke dry extract in patients with hyperlipoproteinemia. Arzneimittelforschung. 2000 Mar;50(3):260-5. (texte en allemand)
- de Graaf L, Brouwers AH, Diemont WL. Is decreased libido associated with the use of HMG-CoA-reductase inhibitors? Br J Clin Pharmacol. 2004 Sep;58(3):326-8.
Cet article a été publié dans la revue Vitalité-Québec, no. 118, Octobre 2008
Par :
Lise Guénette ND.A.
Gilles Parent, ND.A.
Jean-Yves Dionne, BSc Pharm
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