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Les modulateurs sélectifs des récepteurs de l'oestrogène:
le tamoxifène et le raloxifène
Il est souvent fait mention des risques possibles d'interaction négative entre les produits de santé naturels et les médicaments. Dans certains cas, cette possibilité est réelle. Par contre, dans de nombreux autres cas, c'est le contraire qui est vrai.
La prise conjointe de médicaments et de produits de santé naturels peut être bénéfique. Certains médicaments peuvent nuire à l'absorption ou à la synthèse de plusieurs vitamines ou minéraux et en augmenter les besoins pour assurer leur métabolisme. D'un autre côté, les produits de santé naturels peuvent améliorer l'efficacité d'un médicament ou en réduire substantiellement les effets secondaires.
Cette série d'articles vous fournit des informations factuelles qui vous aideront à conjuguer intelligemment et avantageusement les produits de santé naturels et les médicaments.
INDICATIONS ET USAGE CLINIQUE
On estime que 50 à 70 % des cancers du sein sont hormono-dépendants. Le message que livre l'oestrogène aux cellules est celui de croître, de se diviser, de se multiplier. Si le message de l'oestrogène est crucial pour le développement du fotus, il est loin d'être souhaitable pour les tissus d'une tumeur. Le concept des modulateurs sélectifs de l'ostrogène est né de cette prémisse. En coupant le message de l'ostrogène, cela prive les cellules cancéreuses de stimulants de croissance.
Le tamoxifène est le modulateur sélectif des récepteurs de l'oestrogène le plus utilisé dans le traitement du cancer du sein et la prévention des récurrences. Par son action, il prend la place de l'oestrogène sur les récepteurs des cellules du sein et en bloque le message, sans toutefois enlever à l'oestrogène ses avantages sur les autres tissus, comme le cerveau et les os. Par contre, son principal désavantage est qu'il possède une action stimulante sur les tissus de l'endomètre, pouvant favoriser l'apparition du cancer de l'utérus.
Un autre médicament souvent utilisé, le raloxifène, offre, quant à lui, une action oestrogénique souhaitable sur les os tout en exerçant une action anti-oestrogénique sur le sein et sur l'utérus.
NOMS COMMERCIAUX
Tamoxifène / Nolvadex
Raloxifène
EFFETS SECONDAIRES POTENTIELS
Le recours à ces médicaments ne se fait pas sans risque. Les avertissements émis par Santé Canada ne doivent pas être négligés.
Le premier, publié le 26 novembre 2002, souligne que le tamoxifène est associé à un risque accru d'accident cérébrovasculaire, d'embolie pulmonaire (caillot de sang dans les poumons) et de cancer de l'utérus. Santé Canada s'appuie sur une étude clinique comparative avec placebo effectuée sur 13,388 femmes présentant un risque élevé de cancer. D'une durée de cinq ans, cette étude menée par le National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project Breast Cancer Prevention (nov. 2001) en est arrivée à la conclusion que, pour certaines patientes, les risques potentiels associés au tamoxifène pouvaient être plus élevés que les avantages. ( I - II )
Le deuxième avis, publié le 18 mai 2006, portait sur le raloxifène ( III ). D'après les résultats préliminaires de l'essai RUTH (Raloxifene Use for The Heart) ( IV ) , ce médicament est associé à une augmentation du risque de décès dû à un accident vasculaire cérébral (AVC) chez les femmes postménopausées et présentant déjà un risque de maladie cardio-vasculaire. Dans le cadre de cet essai, plus de 10,000 femmes (âge moyen : 67 ans) dans 26 pays ont été suivies pendant une période pouvant aller jusqu'à sept ans.» ( V )
PRODUITS DE SANTÉ NATURELS ET MODULATEURS SÉLECTIFS DES RÉCEPTEURS DE L'OSTROGÈNE
Des chercheurs ont démontré que l'administration conjointe du tamoxifène avec des suppléments de coenzyme Q 10 , de riboflavine et de niacine permet de ramener à la normale, ou presque à la normale, les dérèglements biochimiques (AST, ALT, GGT, acide urique, LPL, K, Na) induits par le tamoxifène chez des femmes ménopausées atteintes de cancer du sein et ce, en aussi peu que 90 jours . ( VI )
Les tumeurs et les métastases sont dépendantes d'un processus qu'on appelle l'angiogénèse, la formation d'un nouveau réseau de vaisseaux sanguins dont le but est de nourrir et de favoriser la croissance des tumeurs. Le marqueur sérique de l'angiogénèse est élevé chez les femmes non traitées atteintes de cancer du sein. Après un an de traitement, le tamoxifène en abaisse sensiblement le taux. Si on ajoute des suppléments de coenzyme Q 10 , de riboflavine et de niacine, on obtient des résultats en 45 jours et encore plus importants après 90 jours, ce qui suggère un bon pronostic et améliore l'efficacité du traitement .( VII )
Des produits de santé naturels peuvent accroître l'efficacité des modulateurs sélectifs des récepteurs de l'oestrogène. C'est le cas de l'épigallocatéchine gallate (EGCG) du thé vert, de la curcumine et de l'indole-3-carbinol (I-3-C).
En combinant l' épigallocatéchine gallate (EGCG) du thé vert et le raloxifène, on induit une cytotoxité synergique, c'est-à-dire une toxicité cellulaire qui favorise l'apoptose (suicide) des cellules cancéreuses . ( V III )
Depuis plus de 30 ans, la docteure Eleanor Rogen , Ph.D., oriente ses recherches sur le cancer du sein à l'Eppley Institute for Research in Cancer de l'Université du Nebraska. Elle est convaincue d'avoir identifié l'étape initiale de l'induction du cancer du sein. Son hypothèse suggère que certains métabolites endogènes de l'ostrogène réagissent avec l'ADN. Les adduits moléculaires ainsi formés génèrent des mutations dans les tissus du sein. Elle a démontré que les femmes qui présentent un risque élevé de développer un cancer du sein excrètent un taux relativement élevé de ces adduits de l'ADN dans leur urine.( IX ) Pour réduire la formation de ces adduits d'ADN avec l'ostrogène, elle a également démontré que des antioxydants spécifiques, comme la curcumine, étaient en mesure d'inhiber la réaction avec l'ADN.
Une autre substance naturelle attire l'attention des scientifiques : l'indole-3-carbinol, un phytochimique isolé des crucifères (famille des choux et du brocoli). En utilisant l'I-3-C, les chercheurs ont démonté qu'il était possible d'accroître la conversion de l'oestradiol en oestrogène faible, la forme 2-hydroxyoestrone, et ce, en peu de temps ( X ) et que son action complète celle du tamoxifène .( XI )
Plusieurs substances naturelles présentent un potentiel thérapeutique qui peut aider à réduire les dommages à l'ADN et augmenter sensiblement l'apoptose des cellules cancéreuses. Grâce aux recherches en cours, on a pu démontrer que certains produits naturels avaient avantage à prendre place aux côtés des modulateurs sélectifs des récepteurs de l'ostrogène pour le plus grand bien des femmes qui mènent une lutte à finir contre le cancer du sein.
CONSEIL DU NATUROPATHE AGRÉÉ
Le naturopathe agréé est la personne idéale pour faire un suivi complémentaire et proposer des méthodes différentes qui peuvent aider à diminuer les effets secondaires de la médication, en augmenter l'efficacité ou agir en synergie avec les modulateurs sélectifs des récepteurs de l'oestrogène de manière à améliorer votre qualité de vie.
Pour savoir si les suppléments recommandés vous conviennent, consultez un naturopathe agréé.
BIBLIOGRAPHIE
I. Santé Canada, (voir à : http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/media/advisories-avis/_2002/2002_79-fra.php )
II. King, M.C., Wieand, S., Hale, K., Lee ,M., Walsh, T., Owens, K., Tait, J., Ford, L., Dunn, B.K,, Costantino, J., Wickerham, L., Wolmark, N. et B.Fisher ; National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project. «Tamoxifen and breast cancer incidence among women with inherited mutations in BRCA1 and BRCA2: National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project (NSABP-P1), Breast Cancer Prevention Trial» dans JAMA , vol. 286, n o 18, 2001, p. 2251 à 2256
III. Santé Canada (Voir à : http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/medeff/advisories-avis/prof/_2006/evista_hpc-cps-fra.php )
.IV Vogel, V.G., Costantino, J.P., Wickerham, D.L., Cronin, W.M., Cecchini, R.S., Atkins, J.N., Bevers, T.B., Fehrenbacher, L., Pajon, E.R. Jr., Wade, J.L. 3rd, Robidoux, A., Margolese, R.G., James, J., Lippman, S.M., Runowicz, C.D., Ganz, P.A., Reis, S.E., McCaskill-Stevens, W., Ford L,G., Jordan, V.C., et N. Wolmark ; National Surgical Adjuvant Breast and Bowel Project (NSABP). «Effects of tamoxifen vs raloxifene on the risk of developing invasive breast cancer and other disease outcomes: the NSABP Study of Tamoxifen and Raloxifene (STAR) P-2 trial.» dans JAMA ., vol. 295, n o 23, 2006, p. 2727 à 2741.
V Santé Canada (Voir à : http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/medeff/advisories-avis/prof/_2006/evista_hpc-cps-fra.php)
VI. Yuvaraj, S., Premkumar, V.G., Shanthi, P., Vijayasarathy, K., Gangadaran, S.G. et P. Sachdanandam. «Breast Effect of Coenzyme Q(10), Riboflavin and Niacin on Tamoxifen treated postmenopausal breast cancer women with special reference to blood chemistry profiles.» dans Cancer Res Treat ., 22 avril, 2008. (Publication à venir)
VII. Premkumar, V.G., Yuvaraj, S., Sathish, S., Shanthi, P. et P. Sachdanandam. Anti-angiogenic potential of CoenzymeQ10, riboflavin and niacin in breast cancer patients undergoing tamoxifen therapy.» dans Vascul Pharmacol . vol. 48, n o 4-6, 2008, p. 191-201.
VIII. Stuart EC, Rosengren RJ. «The combination of raloxifene and epigallocatechin gallate suppresses growth and induces apoptosis in MDA-MB-231 cells.» dans Life Sci ., vol.82, n o 17-18, 2008, p.943 à 948.
IX. Rogan, E.G., Badawi, A.F., Devanesan, P.D. Meza, J.L., Edney, J.A. et al . «Relative imbalances in estrogen metabolism and conjugation in breast tissue of women with carcinoma : potential biomarkers of susceptibility to cancer.» dans Carcinogenesis , vol. 24, n o 4, 2003, p. 697 à 702.
X. Bradlow, H.L., Sepkovic, D.W. Telang, N.T. et M.P. Osborne. «Multifunctional aspects of the action of indole-3-carbinol as an antitumor agent.» dans Ann N Y Acad Sci . vol. 889, 1999, p.204 à 213.
XI. Cover, C.M., Hsieh, S.J., Cram, E.J., Hong, C., Riby, J.E., Bjeldanes, L.F. et G.L. Firestone. «Indole-3-carbinol and tamoxifen cooperate to arrest the cell cycle of MCF-7 human breast cancer cells. dans Cancer Res. vol. 59, n o 6, 1999, p. 1244 à 1251.
Cet article a été publié dans la revue Vitalité-Québec , no. 125, Juin 2009.
Par :
Lise Guénette ND.A. et Gilles Parent, ND.A.
Avec la collaboration de Jean-Yves Dionne, B. Sc. Pharm.
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