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Déjanté, le balancier?

 
 

Exceptionnellement, cette chronique commentera cette semaine plusieurs vins. Le 19 février, à l'invitation de la SAQ, nous avons pu goûter un échantillonnage des produits « Cellier » lancés en mars, soit deux douzaines de vins et une demi-douzaine d'alcools. Ce matin-là, quand j'en ai eu fini avec les vins - dont plusieurs m'avaient parus terribles, soit exagérément lourds, chauds, noirs et concentrés -, juste avant de quitter ma place, à mon confrère du journal La Presse qui était assis juste en face et qui semblait avoir peiné autant que moi, j'ai lancé «  Courage, Jacques, on va aller déguster les whiskeys et ça va nous rafraîchir la bouche!  » Il m'a d'abord répondu par un large sourire (plein de dents noircies par les vins..) puis il a ajouté « Elle est bonne, Raymond, je l'aime! » Alors voilà, ça vous donne un petit aperçu... Depuis que les États-Unis sont devenus le premier marché mondial du vin fin, la planète doit se farcir des vins qui plaisent aux palais obtus sévissant sur ce marché. Des vins solides? Pourquoi pas! Sauf que là, on commence à se demander - avec dépit - si le balancier de la surconcentration atteindra bientôt le bout de sa course, car ce qu'on trouve dans ces bouteilles, c'est à la fois à boire et à manger!

* Domaine Barmes Buecher Crémant d'Alsace 2006 (10985851) Pas donné, mais sympa : bonne amplitude, arômes de tire blanche et de raisins secs. * San Brizio La Cappuccina Soave 2006 (11027962 ) Relativement peu aromatique, mais, en bouche, la lancée est magistrale, extrêmement gouteuse, presque grasse et imposante. Des notes de fruits blancs, d'amande, et quasi tannique. * Chardonnay Colli di Imola 2007 (11027655) Des «  tchard'nays  » trop boisés et qui vous brûlent la gueule en fin de bouche, ça coûte 9.99$ US le gallon du côté sud des douanes canadiennes... * Acinatico Ripasso Valpolicella Superiore 2006 (11027954) Couleur cerise noire à reflets pourpres. Le nez annonce les fruits séchés, le bois recyclé et les fleurs en pot. La bouche, docile, suit, en amenant aussi du sucre résiduel. (Dans l'temps, nos cousins d'Hexagone avaient une recette comparable : ils allongeaient leur litre de mauvais Bordeaux, de deux ou trois onces de Porto.) * Syrah Cortes de Cima 2004 (10960697) Vin noir et teinturier : la « Grande Séduction » par la planche! Ce vin est bâti en « carré de deux pouces » - en chêne à barriques, bien sûr - alors chez lui, « du clouage », il y en a partout, partout! * Cubera Sangiovese di Romagna Superior 2006  (11030846) La « bouille » du sangiovese bien rendue. Fin et digeste, il n'essaie pas de vous bluffer! * Mas Elena Penedès 2004 (10985763) Le fruit est très présent, le bois n'envahi pas trop, la matière est belle et généreuse, ça rappelle un peu le Mas La Plana : achetez! * Syrah Cusumano Sicilia 2006 (1096077) Tiens, une version sicilienne du « Little Penguin ». Pour finir, un vin abordable, fait de petite syrah, hyper fruité, et qui, étonnamment, est états-unien (mais agrobio!) : Petite Sirah Red Truck California 2006 (10985966 - 16$)  : une caisse, s'il vous plaît!

 

Raymond Chalifoux
12 Mars 2009
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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