De si beaux restes…

 
 

Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que, choisir comme sujet de chronique un produit hyper cher ou pratiquement inaccessible, ça peut se révéler assez mal avisé. Certains confrères admettent d'ailleurs que leur chef de pupitre, de programmation, ou leur boss du parking, fait chaque fois de l'urticaire s'il leur arrive de commenter des vins coûtant plus de trente dollars. « C'est point zéro quatre pourcent du monde qui achète ça, nigaud! »  (Ici, le chiffre et/ou le qualificatif peuvent varier.) Alors, nous on s'assure d'abord que…

Depuis un mois, il y a au moins quatre sublimes bouteilles dont je me suis retenu de vous parler, justement à cause de semblables considérations. Mais comme là je n'en peux plus…

Le premier, Realda Cabernet-Sauvignon Veneto IGT 2003 Anselmi (729830 – 28$). Venu d'une maison comme il y en a trop peu, je vous dirais quant à ce produit, d'oublier ou de faire abstraction, de toutes vos notions, tant en ce qui concerne le cabernet que la région d'où celui-ci provient (la Vénétie). Ce Realda, qu'on a bu en deux occasions, c'est la finesse même, la grâce, la classe; et il est tout indiqué et pour les plats, et pour les gens, raffinés.

Le suivant, Shiraz Vasse Felix Margaret River 2004 (10250231 – 36$) est australien et il a été évalué en dégustation comparative. C'est probablement ce qui m'a permis de réaliser à quel point il s'agit d'un vin accompli, non seulement ciselé mais aussi poli. Et qui à cause de sa sveltesse et de son élégance, a fait mal paraître quelques-uns de ses concitoyens. En plus, comme il est de ce très bon millésime qu'est 2004 - donc bâti pour la garde -, il vous permettra, relax, en l'attendant, de tri cote r ou de cruciverber au moins jusqu'en 2012.

Les deux suivants sont à la fois français et frangins : Domaine Gaudard 1er cru des Coteaux du Layon Chaume 2003 (10522558 – 39$) et Domaine Gaudard Quarts de Chaume 2003 (10518567 – 54$). Les deux vins sont époustouflants, certes, mais moi, c'est en goûtant le moins cher des deux que j'ai plié des genoux, à cause de ses arômes de botrytis et de cette « liquorosité » d'une force, d'une fougue, d'une « drive »...

Mon impression fut telle que, étant un pee-wee en matière de Chaume et de ses quarts, et tenant à en avoir le cœur net, j'ai téléphoné au producteur, à Chaudefonds-sur-Layon. Pierre Aguilas n'étant pas disponible, j'ai causé avec sa dame : « Vous avez tout bon, qu'elle fit, 2003 a été pour nous grandiose, avec beaucoup de botrytis - enfin sur nos parcelles à nous. Le Chaume, comme vous dites, est tout en muscles, alors que le Quarts-de-Chaume, issu des meilleures parcelles, est diaphane, aérien, éthéré… » Je dirais quant à moi du Quarts (et non du Chaume), qu'il s'agit d'un vin de méditation, à siroter doucement, en relisant Teillard de Chardin, ( ou de vieux Spirou…) par un dimanche pluvieux.

Quand paraîtra celle-ci, je serai en Italie depuis une semaine, et j'espère pouvoir rentrer avec des réponses concernant ce scandale (présumé?) chez les producteurs de Brunello di Montalcino, en Toscane.

Raymond Chalifoux
Mai 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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