Je le dirai d'entrée de jeu : ma rencontre avec Sam Weaver m'a laissé une telle impression que c'est trois, quatre, ou cinq pages - et non pas deux maigres feuillets - dont j'aimerais disposer pour vous la raconter à mon goût. Mais…
J'ai vérifié mes notes, j'ai revu l'itinéraire imprimé qu'on nous avait remis alors et j'ai même ressorti mes photos : c'était le 16 janvier 2007 vers huit heures trente du matin. L'adresse qu'on nous avait fournie était le 941 Waihopai Valley Rd, Waihopai Valley, 7276 - Nouvelle-Zélande; un bled perdu dans un pays perdu… (Allez voir, pour le fun, sur Google Maps!) Or, même si on avait vérifié et revérifié la carte dix fois, même si on s'était informé deux fois chemin faisant, au « 941 » il n'y avait ni vignes, ni winery, et moi - je me suis bien gardé, alors, de le dire à ma blonde - cette maison où habitent les Weaver, je lui trouvais des airs de… film d'Hitchcock : une vieille maison de ferme, d'éleveur de moutons, probablement, basse, loin de tout, qui - de l'extérieur - ne paie pas de mine - et gardée par un gros cabot bourru. Si Wandy la femme de Sam ne s'était pointée dans l'allée pour nous signifier qu'effectivement nous étions et arrivés et attendus, je le jure, je serais reparti sans descendre de voiture… Quelle erreur c'eut été! Car, que vous le sachiez, Sam Weaver est probablement le vigneron le plus « straight » que j'ai rencontré, tous continents, tous pays, toutes régions et toutes cultures confondues! Voilà. Et dès qu'il se mit à raconter son parcours, son vignoble, ses choix de viticulteur et d'oenologue, j'ai été sous le charme. Et justement parce que Weaver c'est comme… l'antithèse de la séduction bordelaise à tout crin. C'est… l'inverse du vigneron bonimenteur qui beurre épais pour vous en mettre plein la vue. En clair, Sam Weaver je l'aurais écouté des jours et des nuits, sans manger ni dormir. Enfin presque.
Et je crois savoir pourquoi il est allergique aux sornettes, Weaver. C'est qu'il les a toutes - et beaucoup trop - entendues, quand il était marchand de vin fin, à Londres. Hé Hé!
Et maintenant qu'il fait du vin, Sam Weaver, il le fait comme.. les Mascarello, les Colla, les Vajra, dans le Piedmont. Il fait du pinot comme Josh Jensen, chez Calera, en Californie. Il fait du vin comme… comme il parle, c'est-à-dire sans emphase, sans superlatifs, sans hyperboles. Il fait du vin comme était le vin avant de devenir de l'encre pourpre, vaguement sucrée, et qui vous saoule la gueule en moins de deux...
La SAQ a listé deux de ses vins, soit un Sauvignon blanc (quoi d'autre!) et un Pinot noir - vendu moins de trente dollars -, et qui fait honte à la plupart des bourgognes d'appellations communales vendus au même tarif. Nous, on a aimé le prendre sur une tranche de veau toute simple, dans son jus, et on a plané sur cette sveltesse, sur cette texture si fine, sur ces arômes si délicats - mais si caractéristiques -, de framboise fraîche, de rose coupée depuis une semaine, de… traces d'épices douces. Et voyez-moi cette étiquette : c'est du Weaver tout craché!, noir sur blanc, point final. Le domaine de Sam Weaver s'appelle « CHURTON ».
Raymond Chalifoux
Mars 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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