Rassurez-vous, je ne m’apprête pas à en remettre une couche, pour 2009, aux prévisions économiques cataclysmiques du chroniqueur radio-canadien Gérald Filion… J’aurais d’ailleurs à cet égard, plutôt envie de dire (moi aussi..) Ok « Gerry », ça va, on a saisi, « slack » un peu la poulie, merci! Non, mon propos est bien plus gai car il s’agit de souligner ici le 50e anniversaire du fameux « Classement officiel des vins de Graves », survenu en 1959. Pour l’anecdote, selon cette sommité qu’est le chroniqueur en vin britannique Michael Broadbent, « 1959 » - un millésime cinq étoiles dans tous les ouvrages - aurait été le tout premier millésime « moderne » à Bordeaux, dans le sens où il aurait été déclaré fort prématurément,« Millésime du siècle ». On réalisa ensuite rapidement qu’en fait les vins manquaient de vivacité, et se fanaient donc trop vite.
Mais, qu’est-ce au fait que cette appellation « Graves »? D’abord, de toutes les AOC, l’appellation Graves qui vaut tant pour les blancs que pour les rouges, est la seule à porter précisément le nom du sol qu’on trouve sur son territoire; graves signifiant cailloux. Et croyez-moi que c’est justifié! Cette bande d’une cinquantaine de kilomètres au sud, sud-est de la ville de Bordeaux - et qui en passant inclus ce pays des liquoreux que sont Cérons, Sauternes, Barsac, Loupiac et Ste-Croix-du-Mont -, est incroyablement « full garnote »; et au point où certains auteurs parlent carrément de « géologie en folie ». Mais, l’omniprésence de ces cailloux procure - comme avait tant insisté à ce propos ce sympathique Parisien d’âge canonique rencontré sur un vol Montréal-Charles-de-Gaulle il y a quelques années -, « de tous les rouges de France, de loin les plus digestes! ». Une chose est sûre, c’est que le marché d’ici doit être assez porté vers les vins de cette région car dans www.saq.com on trouve dans le moment plus de 150 Bordeaux (rouges et blancs) provenant de là. Mieux encore, si vous êtes d’une autre planète ou encore banquier (…) la SAQ propose même au catalogue un Château Haut-Brion Premier Grand Cru Classé de Graves, précisément du millésime du Classement, soit 1959, pour la modique somme de 2,470$ toutes taxes et frais de livraison inclus...
Pour les besoins de cette chronique j’ai vérifié la disponibilité des différents Graves rouges « abordables ». Or, il semble que le temps des Fêtes n’aie pas été si morose car de toute évidence les produits vedettes sont disparus dans bien des magasins. Ce qui est une consolation, c’est que les trois millésimes (de Graves) présentement disponibles, soit 2004, 05 et 06 se méritent un total de 25 étoiles sur une possibilité de 30 dans le dernier Phaneuf et 13 sur 15 dans www.decanter.com . Pour ma part, je soulignerai que le Château de Cruzeau Pessac-Léognan 2004 (113381 – 24.45$) un produit solide, fiable et régulier comme il y en a trop peu, est encore largement disponible. Après tout, du rouge « digeste », en janvier, c’est peut-être une bonne idée… Bonne année, Gérald!