Mouton Cadet Réserve Médoc 2006 - (10831289 – 17$)
Chardonnay Enate Somontano 2006 - (10357505 – 15$)
Ce fut une fort bonne semaine en effet, car ça a fait « boom » deux fois : Ces deux cuvées dégustées à quelques jours d’intervalle m’ont toutes deux beaucoup impressionné, et même un peu surpris de par le choix « œnologique » qui a été privilégié… Ici, dans les deux cas, on a délibérément préféré le cépage à l’élevage et le résultat final est éblouissant. Voyons d’abord le Français : il y a vingt ans, Mouton Cadet était la marque française numéro un au Québec, celle qu’on trouvait - avec le Chianti de Ruffino et le Beaujolais de Duboeuf - sur toutes les cartes de vin et la plupart des tables de cuisine, le samedi soir, juste à côté de la flamme (assassine) du poêle à fondue chinoise... Aujourd’hui, cette marque qui est à Bordeaux ce que Jacobs Creek est à l’Australie, a mal vieilli : Mouton Cadet, ça fait un peu passé, un peu ringard, même un peu mononcle. Pourtant, en dégustation comparative, le Mouton se débrouille comme un chef et l’a d’ailleurs toujours fait! Et à ce propos, m’est avis qu’en matière de plaisirs bachiques, c’est un peu comme en musique : la mode, c’est bien - le dernier Coldplay, le dernier Moffat, c’est indiscutable - mais le plaisir, il peut être tout aussi vrai et achevé avec l’écoute d’une vielle pièce de Sinatra, Ramazzotti, Ferré, Dalida, CCR, ou même Bing Crosby… Alors, cette cuvée « Réserve » de Mouton, pour ce qui est de l’habillage, elle la joue selon les règles, soit une pompeuse étiquette noire, brodée d’or et de blanc (un genre qui pogne encore big time en Asie parait-il) mais à l’intérieur, attention, cette mention « Réserve » n’a pas fait déraper l’œnologue qui a eu l’intelligence - et le bon goût - de faire ni dans le « merlot » ni dans le bois neuf et s’en est plutôt tenu au bon Bordeaux de bon terroir et de millésime correct. On nous a donc préparé un convaincant Médoc d’une teinte rubis sombre et à reflets pourpres (qui se meurent, d’ailleurs), porteurs de tanins bien présents mais bien travaillés, et d’une ampleur aromatique au-dessus de la moyenne, faite de notes de fleurs et d’anis vraiment très convaincantes. À moins de dix-huit dollars, si vos amis sont snobs, servez-le en carafe, cassez la bouteille, dites qu’il s’agit d’un Médoc à 25 piastres, et tous, ils vous croiront…
L’Espagnol, le Chardonnay 2006 du Somontano, nous vient d’une maison (Enate) qui sauf erreur n’a pas trente ans d’âge et qui se dit toute entière du 21ième siècle (voyez leur site au www.enate.es ). D’une fort belle couleur or franc soutenue, ce vin vous racole dès le premier nez, usant d’une flopée d’arômes qui rappellent les meilleurs Champagnes : on a, j’imagine, assez fermement macéré sur lies fines (ou quelque autre intervention du genre) et on a ici aussi tenu le bois de chêne bien à l’écart. Résultat, les arômes fruités à mi-parcours du buccal sont rien de moins qu’éblouissants, avec des pointes rappelant la pomme jaune, la papaye, le fruit de la passion et l’ananas. Pour quinze piastres, c’est tout bonnement… cochon!
Raymond Chalifoux
Juillet 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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