Syrah Don David Réserve Vallée de Cafayate 2006 (10894431 – 16$)
Je n'avais jamais entendu parlé – ni goûté les vins – de cette maison avant le Salon des vins du week-end dernier (lequel Salon, soit dit en passant, aurait connu - à plus de 20,000 visiteurs -, le plus grand succès de son histoire).
Alors, j'ai googlé le nom et fouillé la Toile. J'ai trouvé plusieurs commentaires et notations - plutôt favorables - de grandes revues de vin et j'ai appris que la maison a été fondée au 19 e siècle, qu'il s'appelait David Michel, qu'il était Français, et qu'elle, Gabriela Torino comme dans Turin, devait être - j'imagine - de la Péninsule.
Aujourd'hui, l'entreprise n'appartient plus à la famille et j'ai plutôt rencontré l'œnologue Maximiano Lester et le responsable « export » Nicolas Cornejo Costas qui ressemble tellement à Ramon Zarate - alias général Alcazar - dans Tintin que pour une seconde je l'imaginai lançant des couteaux... Bon.
Avant de parler du vin, j'obliquerai brièvement vers la région de Cafayate, en Argentine. C'est tout au nord-ouest, près de la Bolivie : la maison y est installée à plus de 1,700 mètres d'altitude et, l'amplitude thermique quotidienne locale, en saison végétative, à plus de 24 degrés Celsius, a de quoi faire rêver tous les vignerons du monde; car des nuits froides suivies de journées et chaudes et ensoleillées, il n'y a pas mieux pour assurer le maintien des acidités naturelles et le complet mûrissement des pépins et des polyphénols. Le seul souci « éventuel » dans ce secteur est la pluviométrie nettement insuffisante - moins de 200 mm par an – qui force le recours à l'irrigation à partir des eaux de surface descendues des Andes ou de puits (très) profonds.
Cette température très sèche - et ça mérite d'être signalé - procure aussi dans le vignoble des conditions sanitaires exceptionnelles, comme moustiques, champignons ou autres micro-organismes ne parviennent ni à survivre ni à se reproduire. Résultat, moins de traitements, moins de chimie, et c'est tant mieux…
Quant à cette Syrah, pourpre presque noir, elle sent bon la cerise noire mûre, la chair de bleuet fraîchement pilée, la fumée, le poivre et certaines épices courantes tel la muscade et la girofle – m'a-t-il semblé. En bouche, ce vin n'a rien d'un « blockbuster » du Nouveau Monde, au contraire. Dès l'attaque, si la chair est bien présente, la vivacité « aussi » est manifeste, et le demeure jusqu'après la déglutition. Les tanins, bien en évidence, sont sans complexe et viendront se frotter, joyeux, aux protéines des viandes rouges et des plats cuisinés.
Ce qui m'a convaincu de faire de ce vin celui de cette semaine, c'est d'abord cette facture quasi européenne (Maximiano, l'œnologue insista à quelques reprises que l'objectif poursuivi était un profil « syrah » plutôt que « shiraz »…) et aussi ce tarif « très » doux à 16 dollars et des poussières.
Sachez que les inventaires - s'ils sont bien répartis - sont relativement faibles et vous auriez peut-être intérêt à en prendre plus d'une bouteille…
Raymond Chalifoux
Avril 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
Tous droits réservés ©