Pouilly-Fuissé Georges Duboeuf 2005 - (10864726 – 24$)
Les vignerons de la grande région de Beaujeu de passage au Salon des vins 2008 l'ont confirmé : dans la région, ça va mal en ta… Les ventes n'ont jamais rebondi depuis l'histoire du « vin de merde » (un article parue en juillet 2002 dans Lyon Mag, disait que les producteurs de Beaujolais "étaient tout à fait conscients de commercialiser un vin de merde" ). Et comme, en plus, le Beaujolais nouveau est affaire du passé - excepté en Asie - la déprime est énorme et les vignerons qui pendant des années l'ont idolâtré, aujourd'hui ingrats, lapideraient volontiers Georges Duboeuf et sa progéniture, qu'ils considèrent - mais combien à tort – responsables de leur déveine.
Chez Georges Duboeuf, cette marque solide qui fait aussi dans le négoce pour un total d'environ 30 millions de cols venus - aussi - du Rhône, du Poitou, du Languedoc et d'ailleurs en Bourgogne, on aurait tous les motifs d'être franchement aigri; mais on demeure actif à poursuivre la diversification de l'offre, et nous est arrivé dernièrement un Pouilly-Fuissé 2005 à fort bon prix. (Duboeuf offre du Pouilly-Fuissé depuis des lustres, mais il n'était pas vendu ici…) Or, ce mois-ci j'ai animé entre autres deux soirées sur la Bourgogne : une pour les vins rouges et une pour les blancs. Et cela s'est passé comme… d'habitude : le soir des rouges, comme chaque fois, les mortels communs se sont dit scandalisés - encore et avec raison - de la médiocrité goûtée dans ces bouteilles de Bourgogne rouge d'appellations communales et de Premiers crus vendues 30, 40 et même 50 dollars, tandis qu'à l'opposé, ils ont lévité en goûtant ces grands blancs venus de Chablis, Corton, Meursault, Pouilly, et autres Montrachet. Or, en fin d'exercice, comme d'habitude on a élu la coqueluche de la soirée - parmi les neufs vins dégustés - et le trophée est allé presto au Pouilly-Fuissé 2005 de Duboeuf pour lequel j'avais moi aussi tout autant craqué.
Il s'agit d'un vin d'une couleur or franc soutenue (à cause du passage sous bois) et présentant une jolie densité. Le nez est puissant, beaucoup plus près de l'élevage que du cépage - mais cela dit sans excès. En bouche, il est remarquable ce Pouilly (et particulièrement quand on songe à son prix…) avec une nature toute en courbes « montées » sur un châssis fait d'une.. verdeur désaltérante, que colorent des arômes qui pour votre plus grand plaisir « lancinent » et lambinent que ça n'en finit plus… Ces Pouilly de Duboeuf ne prendront pas la poussière sur les tablettes des magasins, ça c'est sûr : quel beau Bourgogne blanc pour moins de 25$!
Et tandis que vous êtes là, je brûle d'envie de vous refiler ce tuyau que… le soir du Bourgogne rouge, c'est le « pirate » inséré à mi-parcours qui, en un tournemain, s'est gagné tous les cœurs : Pinot noir Reserve Clos du Bois Sonoma Coast Sonoma County 2005 (10354769 – 28$). Vous devrez faire vite car il n'y en a vraiment pas beaucoup…
Raymond Chalifoux
Mai 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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