Un duo remarquable

 
 

Morgon Domaine de Lathevalle Mommessin 2006 - (420257 – 20$)
Moulin-à-Vent Les caves Monternot Grande Exception 2005 - (10837349 – 24$)

« Morgon » et « Moulin-à-vent » sont deux « crus » du Beaujolais - qui en compte dix. Ce sont en fait des noms de villages que les vignerons de ces agglomérations utilisent pour nommer plus spécifiquement leur production. Il en est ainsi comme les vins issus de ces endroits sont réputés pourvus d'un caractère « unique et reconnaissable »; donc de calibre supérieur dans ce système hiérarchique Français qui valorise d'abord, une identité basée sur le… terroir. En fait, ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'en bout de piste, cette classification ne déclare pas les « crus » nécessairement meilleurs , mais plutôt différents , et surtout, reconnus comme tel. Tout ceci peut tenir en un seul mot, notoriété : la France du vin, c'est la notoriété reconnue et classée en système .

Les deux cuvées présentées dans cette chronique sont du même négociant, soit la grande maison Mommesssin. Je débuterai par le plus cher, le Monternot Grande Exception : dire qu'on a droit, ici, au grand jeu en matière d'habillage, serait bien en deça de la réalité car cet emballage, il discoure, il vante, bref il pompe à grands coups, comme pour affirmer haut et clair, que le vin dans cette bouteille n'a rien à voir avec ce roturier qu'est le Beaujolais... Voyons quelques détails : l'étiquette mentionne - à l'encre rouge brillant et en majuscules - « Grande Exception » et, dans un encadré fait de pointillé, on trouve la mention « Tirage limité à 9,600 bouteilles ». Quant à la contre étiquette, on a droit, suivant une mention de la date des vendanges, à un roman de la grandeur, truffé de superlatifs… Or, susciter de telles attentes chez le consommateur, eh bien ça peut vous péter en pleine gueule; alors si on laissait plutôt parler le vin… Cette cuvée ne m'a pas plus autant que le Morgon. Le vin - encore assez tannique, vaguement fumé, boisé et épicé -, m'a semblé se trouver à un stade… ingrat, comme assis entre deux chaises, dans le sens où il n'offre ni le fruité étincelant du jeune Beaujolais, ni la plénitude du Moulin-à-Vent vieilli juste à point; et qui lui donne souvent des airs de grand Bourgogne. Il faudrait, m'a-t-il semblé, l'attendre encore deux, trois, ou peut-être même quatre ans, cette Grande Exception.

Mais venons-en au Morgon : c'est du bonheur en bouteille, ce Domaine de Lathevalle, because il est tout plein de ce fruité du cépage Gamay fait de notes de fraise, de framboise, et de petites cerises rouges; et comme il ne demande qu'à être pris à 13 ou 14 degrés, avec toute cette lourdeur du climat, c'est immensément agréable. Nous, on l'a pris sur une tranche de thon qualité sushi épaisse comme ça et cuite au barbecue : j'en salive rien que d'y penser; et comme, ce Morgon, il en reste tout plein dans les magasins, je sens qu'on va probablement remettre ça avant longtemps. Quant à tous ceux qui n'ont jamais goûté à du vieux Moulin-à-Vent, eh bien ce Monternot est peut-être l'occasion de régler ça...

Raymond Chalifoux
Juin 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
Tous droits réservés ©

 
 
  - RETOURNER À LA PAGE PRÉCÉDENTE-