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Kid « le breton »

 
 

Cabernet franc Benegas Lynch Mendoza 2004 Code SAQ : 10832855 - 40$

C'était à l'automne de 1999, par une superbe matinée ensoleillée, parfumée et pétante de couleurs chaudes, comme seule la mi-octobre au Québec peut en offrir dix collées sans se forcer. Nous étions de bonne humeur, contents de nous rendre au magnifique Château Montebello y participer à un atelier intitulé Le cabernet franc dans la vallée du Niagara , animé par mon chum Alain Laliberté , à l'occasion du Festival des vins canadiens . Je n'oublierai jamais la performance qu'Alain nous a servie ce matin-là! Une catastrophe magistrale comme seul cet.. Houdini de l'autodestruction peut en faire en public, sans sourciller... Mais, voyez plutôt ce topo : il devait présenter le cépage, la région, déguster et décrire les vins, les noter sur une échelle de zéro à cinq étoiles, et interagir enfin avec l'assistance - qui comptait entre autres les vignerons ayant fourni les vins. Or, même si les producteurs - et une bonne part de l'assistance, d'ailleurs - étaient anglosaxophones , même si après quelques minutes à peine ça piaffait déjà de tous bords tous côtés, Alain n'a parlé qu'en français et, comme les vins étaient vraiment infects, soucieux - quand même - de ne pas entacher sa crédibilité, il n'a accordé aucune cote au-dessus de deux étoiles : Bonjour le malaise! J'ai vraiment craint qu'ils ne le lynch dans le hall avant le lunch.!

À la période des questions, dans cette salle devenue à moitié vide, j'avais exprimé ma surprise de voir les vignerons du Niagara s'enticher du « Breton » (nom qu'on donne au cabernet franc dans le Centre ouest de la France) ce cépage « assaisonnement » avais-je dit « soit un ti-peu ici, un ti-peu là -   qui n'a jamais appris à sourire sauf à Château Cheval Blanc (le top du top de St-Émilion) et qui dans la Loire, tel qu'à Chinon et à Bourgueil, ne procure, au mieux, que deux millésimes excitants par décennie. » . Ce commentaire n'avait pas ramené la joie, je dirais. Mais, « à l'impossible nul n'est tenu » dit-on, et ce matin-là, il y a dix ans, nul ne pouvait s'enthousiasmer pour ces vins ontariens, acides et maigrichons.

Maintenant, la voici la justification de cette chronique sur le cabernet franc : le vin de cette semaine, il n'est pas agréable, sympathique, intéressant ou vraiment bon, il est tout à fait extraordinaire! D'Argentine, issu de vignes de cabernet franc âgées de plus de 80 ans, même s'il présente un taux d'alcool de 15,5% (!) pas une seconde ne chauffe-t-il la bouche, et mieux encore, il n'a pas ce petit côté cinglant qu'ont tant de vins argentins dont la teneur en acide tartrique a été trafiquée : ça coule de source, velouté, parfumé de surprenants arômes de chocolat noir, de feuille de menthe et de cuir neuf, et la chair est telle qu'on a peine à croire qu'elle ne contienne pas de merlot, cette cuvée bénie, dont on n'a produit qu'un maigre 2000 bouteilles. Alors, si le vin fin vous passionne, si tel un(e) groupie il vous faut tout savoir à son sujet, vous devez alors goûter ce Cabernet Franc Benegas Lynch 2004!

Raymond Chalifoux
23 avril 2009
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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