Beni di Batasiolo Barolo 2003 -(10856777 – 26$)
Selon les standards piémontais, cette région du nord-ouest de l'Italie où l'on trouve encore tant de petites entités viticoles familiales, Batasiolo, avec une offre d'une trentaine de cuvées différentes - dont huit disponibles au Québec - fait figure de géant. Mais un géant qui par moments, à l'orée du 21 e siècle, a eu des pieds d'argile; en tout cas en ce qui concerne la qualité des produits…
La dernière fois que j'y suis passé chez eux, en 2006, la jeune anglo-canadienne qui avait guidé notre visite, avait usé beaucoup d'images et de mots pour nous convaincre que les jours gris - dus à quelque événement grave dans la vie personnelle du patron de la maison, j'ai oublié quoi au juste - était maintenant bel et bien du passé, que toute l'équipe était « on the right footing », et que la nouvelle obsession chez cette imposante organisation, était l'amélioration des standards de qualité . Et elle-même avait été embauchée, justement pour répandre la nouvelle sur les marchés européens et américains.
Or, une obsession nouvelle pour la qualité et l'embauche de personnes clés pour mener à bien une stratégie produit revue et corrigée, c'est très exactement ce que les observateurs ont été en mesure de constater, ces dernières années, chez cet autre grand groupe piedmontais, qu'est la maison Fontanafredda. Et voilà que ce dernier commentaire nous amène au cœur de mon propos : pendant des années, le « petit » Barolo de Fontanafredda – vendu une trentaine de dollars - était le seul de sa gang. (Je n'ai pas bétonné cette affirmation par une vérification auprès du monopole, mais je suis à peu près sûr de mon coup.) Maintenant, ce n'est plus le cas avec l'arrivée de ce Barolo encore plus abordable, et qui au rayon des aubaines coiffe même notre vétéran par une marge d'environ 10%.
Mais, la vraie question, ici, est plutôt de savoir si cela vaut la peine de payer davantage pour un « petit Barolo » quant on peut trouver quelques bons Nebbiolo d'Alba ou quelques vins d'appellation « Langhe », aussi élaborés avec ce cépage original et vendus encore moins chers. Or, après avoir regoûté cette semaine les deux Barolo en compagnie d'une gamme de comparables qui comptait 20 spécimens (!) il m'a semblé que oui, tout à fait.
Ce Batasiolo est de couleur grenat (les vins de Nebbiolo le sont tous) un peu avancée, avec des reflets terra cota. Le nez d'ampleur moyenne est justement marqué par ces arômes typiques d'anis, de tabac frais et de griotte. La rétroolfaction est aussi de moyenne ampleur et invitante. La bouche est assez veloutée, nerveuse, plutôt tannique, pourvue d'un alcool plus que généreux et un moelleux fondu. Les tanins campent jusque tard en finale, et encadrent les arômes restants, soit la cerise noire, la girofle et un rien de feuilles séchées.
Le Fontanafredda a donc nouvellement affaire à un compétiteur qui visiblement, prend notre plaisir très au sérieux…
Raymond Chalifoux
Mai 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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