Un « paraspleen » rouge

 
 

Bila-Haut Occultum Lapidem
Côtes du Roussillon Villages « Latour-de-France » 2005 -(10895186 – 22$)

L’an passé, à six mois d’intervalle, elle et moi on a vu les deux bouts de la planète : le 12 janvier on visitait le International Antarctic Centre de Christchurch, en Nouvelle-Zélande et le 21 juin, soit au solstice, (délibérément) sur le toit d’un pub d’Anchorage en Alaska, bière locale en main, nous regardions le soleil se coucher vers 23 heures cinquante et quelques : il avait fait, croyez-le ou pas, près de 80 degrés Fahrenheit le plus clair de la journée… Or, au bout du nord comme au bout du sud, on a eu droit au même discours : les gens se disaient très préoccupés par la fonte - oh combien trop rapide - de leurs patinoires millénaires locales…

ICAR

Dimanche soir passé, verre de rouge en main, on se les gelait sur la terrasse du « Café Renato », face à la jetée municipale, à Lac Mégantic. En fait, cela n’a pas duré bien longtemps car un parasol n’étant pas un parapluie, on s’est vite réfugié à l’intérieur. Elle et moi, on se disait alors qu’on ignorait tout de la climatologie et de la pluviométrie, mais que toute cette glace fondue, toute cette eau « nouvellement » mise en circulation dans l’atmosphère, c’est peut-être celle-là même qui - en neige l’hiver dernier - s’est accumulée jusqu’au toit, et qui maintenant nous douche quotidiennement, en juillet comme en juin. Et qui continuera d’ailleurs de le faire toute cette semaine, si Miss météo a le bon topo... Chez vous, on ne sait trop, mais chez nous, elle commence à nous faire de la vague à l’âme, toute cette flotte.. Alors, vu les vacances, si à « consommation raisonnable » - exceptionnellement et momentanément, bien évidemment -,  on remplaçait raisonnable par « tonique » ou par « enjouée », ou encore par « festive », j’aurais pour vous la bouteille idéale : pour changer du parapluie, pourquoi pas un profondément rouge.. « paraspleen »!

Dans le Roussillon, aux portes de l’Espagne Catalane, les volets ne sont pas comme ici de simples parenthèses aux fenêtres : ce sont des vrais et ils sont clos 20 heures par jour pour garder un peu la fraîcheur dans les vieilles maisons de pierres. On y est passé, elle et moi, une fois, alors qu’octobre s’apprêtait à prendre congé : dans la baie de Collioure, les enfants nageaient avec un couple de dauphins tandis que nous, nous endurions à peine nos chandails polo… C’est que l’ensoleillement du Roussillon, c’est 325 jours par an! Et quand j’ai vu l’autre jour l’étiquette de ce vin, à la fois griffé et « 2005 » et « Michel Chapoutier », je me suis dit qu’il allait n’en faire qu’une gorgée, ce rouge paraspleen, de notre vague à l’âme… Et j’avais raison : quelle race, quelle présence, quelle douce chaleur! Dès la première gorgée, si soyeuse, si charnue, presque lourde, on fait « wow ! » Et tous ces arômes, si riches, si pures, si jouissivement indéfinissables… C’est la Syrah à son meilleur, c’est le Grenache sans pareil des torrides terroirs de là-bas, c’est, c’est, c’est… allez, goûtez-y je vous le jure, c’est un achat magistral à ce prix!

 

Raymond Chalifoux
Juillet 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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