Une peste, cette chimie…

 
 

 

Vous avez eu vent, fin mars, des résultats de cette étude sur la présence de résidus de pesticides dans les vins - d'un peu partout - conduite par Pesticides Action Network Europe ? Tous les médias et les forums (même les sites de rencontre…) en ont parlé : quelle chiotte! Tous les vins analysés, sauf les vins bio (et encore, il y avait une exception) révélaient des traces de chimie assassine. De quoi vous faire haïr le pinard à tout jamais, sauf le certifié « bio »…

Au fait, c'est quoi un vin « bio »? C'est un vin élaboré à partir de raisins issus d'une agriculture où n'intervient aucun produit de synthèse : pas d'engrais chimique, pas de pesticide, pas d'herbicide. Mais, la démarche « nature » s'arrête à la porte du chais. À l'intérieur, la panoplie d'adjuvants disponibles et autorisés est longue comme le bras… Le vigneron bio peut donc tout gâcher une fois la vendange rentrée. À titre d'exemple, chez Domaine Richeaume, en Provence, là où dans le vignoble la nature a tous les droits et mérite tous les égards, on élabore des cuvées tellement boisées que les puristes hurlent au gâchis sinon au scandale.

À l'opposé, Agnès Henry-Hocquard chez Château la Tour du Bon, en appellation Bandol, Antoine et ses fils chez Antoine Arena, en Corse, ou encore « Tino » et son fils Pietro chez Poderi Colla, dans le Piedmont italien, limitent tellement les interventions oenologiques dans la cave, qu'on se demande s'ils savent que la technologie Blueray existe et que le 21 e siècles est vraiment commencé…

Trois livres
Pour vous y retrouver dans cet univers complexe, je vous conseillerais trois ouvrages que j'ai trouvés intéressants : d'abord, d'ici, chez Québécor, le GUIDE DES VINS BIO de Pascal Patron. S'il se révèle un peu moins exhaustif que l'ouvrage suivant, il a au moins l'avantage d'avoir été fait pour le marché du Québec et mentionne des cuvées disponibles ici.

Le suivant, LE GUIDE DES VINS BIO de Julien Fouin et Jean-christophe Estève, moins récent (2001) Éditions du Rouergue, fait près de 400 pages et commente un grand nombre de producteurs.

Le dernier, nettement moins « pro bio », au propos parfois perplexe, parfois dubitatif sinon franchement dédaigneux (notamment quand l'ouvrage aborde certains aspects sectaires chez les tenants de la biodynamie) mérite aussi votre attention : LE VIN BIO, MYTHE OU RÉALITÉ Jean-François Bazin, Hachette 2003.

Trois vins

Dominio del Arenal 2006, Espagne (10457602 – 13$)
Un vin foncé, cerise, aux arômes un peu poussiéreux. La bouche saine, fruitée, charmante, peu tannique, est faite pour les cochonnailles et les collations.

Château Roubia, Minervois 2005 (912816 – 13$)
La preuve que tout, chez les bio, n'est pas éclatant… Un vin plutôt mince, avec un creux à mi-parcours et une finale abrupte.

 

Château Pech-Latt, Corbières 2005 (571083 – 19$)
Pourpre noir, presque dense, avec de clairs arômes de syrah, faits de poivre, d'herbes fines et de notes florales. Les tanins, doux et généreux, séduisent. L'allonge est charitable et le plaisir présent à chaque gorgée.

Raymond Chalifoux
Avril 2008
Publié dans le journal ICI, Québécor média
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