Montirius Vacqueyras 2006 - (872796 – 20.35$)
Quand ils ont jugé que cette situation était loin d’être idéale pour élever les huit enfants qu’ils avaient déjà, mes parents - ces deux montréalais purs et durs qui avaient grandi dans le Mile End - ont décidé de quitter leur grand « bas », leur logement de la Petite Patrie, rue Christophe-Colomb, et d’émigrer dans cette maison de rang qu’ils avaient trouvée à Saint–Janvier; un bled perdu, « full agricole », au nord de Montréal. C’était une tout autre époque… Aujourd’hui, le mec qui dit à sa blonde « Chérie pourquoi n’irions-nous pas vivre à la campagne avec les enfants? » risque de se faire répondre « Es-tu malade, c’est bien trop dangereux pour la santé! » Quand j’étais enfant, tous ces cultivateurs qui étaient les pères de mes chums d’école, n’avaient pas besoin de s’habiller en astronaute, full scaphandre et masque à gaz, ou à utiliser un tracteur à cabine isolée pour répandre leur fumier, au mois de mai : pour tout désagrément, ils ne risquaient que les mouches et les mauvaises odeurs…
Chez les Saurel, viticulteurs dans le sud de la vallée du Rhône depuis cinq générations, on s’expliquait bien mal les malaises et les symptômes bizarres qui affectaient la petite… À force d’investiguer, de consulter, d’analyser et de réfléchir, l’idée leur est venue que toute cette nouvelle chimie agricole qui avait envahie leur environnement étaient peut-être à blâmer. Ils se sont alors attelés à ramener leurs pratiques culturales à ce qu’elles étaient dans le bon vieux temps. À ce qu’on raconte, la petite se serait mise rapidement, à aller… parfaitement bien!
Les vins de « Montirius » qui aujourd’hui sont certifiés et « agrobiologiques » et « biodynamiques » comptent ici parmi les grands classiques du rayon « bio ». Louangés par plusieurs (pour les avoir entendus, certains de mes confrères sont presque.. extatiques devant les vins de cette maison) je vous avouerai quant à moi qu’ils font partie de notre ordinaire – et spécialement la cuvée Vacqueyras 2003 dite « Le Clos », juste un peu plus chère. Samedi dernier, des amis reçus à dîner nous ont apporté une bouteille du Vacqueyras 2006 présentement disponible au répertoire général. Nous l’avons prise dimanche soir, sur les restants de la vielle, un filet mignon de cerf tendre comme fesse de nouveau-né, nappé d’une sauce aux cerises et aux champignons : comme des lèvres qui enfin se rencontrent, après s’être tant espérées! (Pour la sauce, démarrer avec une base demi-glace de Knorr, y ajouter du vin rouge, des champignons shiitake, de Paris et pleurotes que vous avez préalablement fait revenir, et, enfin, les cerises noires macérées dans la vodka que vous avez toujours sous la main, pour en faire un nouveau pot de trois litres chaque année, dans le Temps des Fêtes…).
Finalement je vous signalerai aussi le Gigondas 2003 des Saurel, fait de grenache à 80% et de mourvèdre pour le reste. On se rappellera au passage que dans ce millésime torride, les veilles vignes de grenache, de mourvèdre et de carignan, espagnoles d’origine, s’en sont beaucoup mieux sorties…