Pinot noir Mas Borràs Penedès 2006 - (856039 – 29$)
Gran Sangre de Toro Catalunya 2003 - (928184 – 17$)
Nerola Catalunya 2005 - (10359252 – 19$)
Il était une fois, un menu du soir dont le point focal était des jarrets de sanglier cuits à la mijoteuse avec des tomates écrasées, de l’oignon, de l’ail, des champignons, du poivre noir en grain, une demie tasse de vin rouge et du bouillon de légumes. Pour la mi-août et par un été normal, ce plat aurait fait un peu trop « mamie tite-laine », mais vu l’été qu’on a… Quand même, je ne voulais pas en rajouter en choisissant un flacon franchement automnal du genre Cahors de bonne année, Languedoc bâti pour la garde, ou grand Piedmontais tannique qui exige quatre heures de carafe pour n’ouvrir que l’œil gauche... Alors, il y avait là, au rayon des spécialités, du très bon Gran Sangre de Toro « Reserva » 2003. Mais, mazette de mazette!, il y avait aussi du Mas Borras 2006, également de Torres, et, pour vraiment compliquer l’affaire, toujours de cette vénérable maison espagnole, il y avait encore du Nerola 2005. Mon dilemme est vite devenu sérieux, paralysant même, car j’aime également ces trois cuvées. J’ai donc pris les trois, en chassant toute culpabilité par l’idée soudaine de transformer ce banal repas du lundi en un banc d’essai de rouges catalans de bon calibre…
Avant de les faire affronter le plat, j’ai passé un moment seul à seul avec chaque vin. Le Gran Sangre, de couleur grenat, (les deux autres sont pourpres) refléta bien à l’olfactif le millésime dont il est issu : datte séchée, confiture de pruneau, un petit côté épicé, etc. Le premier contact m’a déçu un peu toutefois : plusieurs années dans sa petite tour de verre l’ont visiblement rendu timide et.. on le cherche un peu. Le Mas Borras 2006 fut encore pire : mutisme complet! Il arrive que certaines bouteilles passent par des moments ingrats. Ici, l’ingratitude était totale : rien à sentir et rien à goûter, alors attendons. Le Nerola, fait de syrah et de mourvèdre fut le plus moderne et le plus bavard des trois : « Bonjour, content de vous voir, goutez-moi ce fruit, ces tanins polis, cette fraîcheur, et patati et patata… » Ok, ok, on verra bien à table, que je rétorquai intérieurement… Et ce fut effectivement très révélateur : le Mas Borras ne s’est jamais ouvert et a plutôt développé des arômes de brettanomyces (un champignon microscopiques présent dans les chais). Le Nerola a eu tendance à ombrager le plat : mauvaise union. (On le prendra cet automne avec du cerf en sauce aux petits fruits ou du canard au Porto : il en aura plein les bras et il aimera ça…) Quant au Gran Sangre de Toro fait de grenache, de carinena et de syrah, au bout d’une heure, il avait développé un spectre aromatique d’une grande complexité, fait, à mi-parcours, de notes d’anis, de sarriette, de poivre et de persil qui surlignaient le fruit noir cuit : peut-on demander mieux? Ah oui, et les trois petites tours sur l’écusson de la maison, c’est que « Torres » bien évidemment, veut dire « Latour ».