En tant que chroniqueur de vin, le premier mois de l’année est celui que j’aime le moins. Je n’y peux rien : les Fêtes passées, le budget des ménages se retrouve aussi plate qu’un paresseux dépressif surmené… Et les gens n’en ont plus que pour les soldes les plus chromés, les aubaines les mieux patentées. Alors nous, comme colombes ou lapins d’un chapeau, on doit sortir de nos cartons les bouteilles les moins chères pour les faire miroiter : « Voyez-moi ça, bonnes gens, seulement 8.35$ le litre toutes taxes incluses! Quelle supêêêrbe aubaine! »
Eh bien chiche, pas cette année! Au diable beau vert la misère imposée, ce janvier! De toute façon mesdames messieurs, il est de notoriété qu’au Québec, la récession s’est révélée beaucoup moins sévère que ce qu’on nous avait prédit. Tout comme la grippe « code postal », d’ailleurs. Alors pour ce qui est de se serrer la ceinture… Dans cette province où en matière de travaux publiques quels qu’ils soient, les élus savent pouvoir compter sur l’indéfectible support de tous les Hells et de toutes les mafias, dans cette province où l’on a l’intelligence d’économiser autant, en s’épargnant ces coûteuses et parfaitement « tinutiles » « zenquêtes » publics, si, à l’évidence, on a en plus les moyens, non seulement de ne pas se faire vacciner à la Claude Dubois mais d’envoyer à l’Organisation mondiale de la Santé, comme ça, « tourlou! », gratis et sans façons, des dizaines de milliers de vaccins non réclamés, si, et sans lever le sourcil, on a aussi les moyens de hausser les taxes municipales à peu près partouze, alors mesdames-messieurs des deux genres et au pluriel, c’est qu’à l’évidence on a encore les ressources naturelles pour boire autre chose que de la piquette, sac-à-papier!
En conséquence, il est de mon devoir, chers zélecteurs, d’affirmer ceci : Si 2009 a été l’année des « caves », alors que 2010 soit celle des celliers!
Et ça, la SAQ l’a bien compris : elle nous a concocté une supêêêrbe campagne promotionnelle mettant en vedette pas moins de 25! fort bons Bordeaux 2006.
Bon, allez, un peu plus sérieusement, vous devez savoir qu’ils seront mis en vente, ces vins, à compter du 28 janvier et que plus de 75% d’entre eux s’obtiendront à moins de 50$.
Pour les avoir tous goûtés, je vous dirai que même si le style n’est pas aussi gras, mûr et opulent que ce qu’offrait 2005, la qualité est nettement au-dessus de la moyenne – et qu’il vous faut donc en acheter car ils vous permettront d’attendre vos grassouillets 2005.
Voici, en ordre croissant de prix, les 12 meilleurs achats de ce lot, et en ordre alphabétique (de A à E) les cinq meilleurs rapports qualité/prix.
- Château Marjosse, Bordeaux 10849534 – 22.25$
Rubis sombre à reflets rubis. Moyennement aromatique et plutôt sympathique : notes florales, fruitées, etc. Plus près du cépage que de l’élevage. Bonne chair, beaux tanins, des arômes francs et agréables, une fin de bouche qui conforte, bref, un fort bon Bordeaux, plutôt classique et à juste prix.
- Château Cambon La Pelouse, Haut-Médoc 10833874 – 29.95$
Plus grenat que rubis. Premier nez de bonne intensité mais assez.. ordinaire. Le temps lui fera le plus grand bien… Belle matière, riche et persistante, des tanins agréables, une bonne bouche qui ne demande qu’à se complexifier, alors, patience!
- Château Rollan de By, Médoc 10849850 – 32.25$
De couleur cerise noire et quasi opaque. Passablement aromatique et marqué par l’élevage sous bois : résine, fumé, girofle... Fort bonne lancée, de l’ampleur et de la profondeur. La masse tannique est remarquable, soyeuse, serrée, du beau travail! Une fin de parcours séduisante, étoffée, bref du Rollan de By à la Rollan de By, c’est-à-dire irréprochable!
- Château d’Agassac, Haut-Médoc 10833858 – 33.25$
Un vin noir et presque dense.. Nez marqué par l’élevage et déjà une certaine complexité qui promet. En bouche, le soin, la rigueur, la « maestria » sont indiscutables. Déjà bon et doté d’un bel avenir.
- Château d’Angludet, Margaux 10833807 – 36.95$ (A)
Rubis franc très sombre et à reflets rubis. Moyennement aromatique, agréable et sans surprise : fruits à noyau, notes florales et d’épices simples. Une attaque plutôt moyenne mais, tout-à-coup, à mi-parcours la présence s’étoffe, s’élargit, se renforcit, et ce d’Angludet offre au final une prestation étonnante! Une bouche forte, affirmée, sûre d’elle! Et au point où selon moi, ce vin, à ce prix, constitue le candidat le plus convaincant – le meilleur achat – de toute cette opération de la SAQ en fait. Bravo! Encore!
- Château La Tour Carnet, Haut-Médoc 10859847 – 44.95$
Celui-là, on jurerait qu’il a été fait tout exprès pour tonton Bobby (Parker) : c’est pas du vin, c’est de la teinture! Black, délibérément surconcentré, écrit en caractères gras et en majuscules; hyper boisé : pour tous les ébénistes, charpentiers, menuisiers, sculpteurs sur bois et autres castors; bref pour tous ceux qui, en matière de vin rouge, pigent mieux quand ça démarre par un bon gros poing sur la gueule. « Oui allo! Un moment! Marcel, pose tes outils, c’est pour toi! »
- La Dame de Montrose, Saint-Estèphe 10860021 – 48.75$
Très sombre et à mi-chemin entre le rubis et le grenat. Le nez est riche et marqué et par le fruit et par l’élevage. La chair est généreuse, les tanins travaillés, l’ensemble équilibré et la durée au-dessus de la moyenne. Beau travail.
- Château Ferrière, Margaux 10849745 – 49.95$(B)
Autant l’avouer d’entrée de jeu, celui-là m’a fait craquer. Le nez ayant été d’une intensité et d’une complexité très moyenne – disons plutôt générique – j’attendais peu. Or, en bouche, ce fut le tango! Et c’est lui qui menait le jeu… Sûr, ferme, il fait preuve d’un équilibre exemplaire, ne perd jamais ses marques ni son équilibre et en bout de course on ne demande qu’à remettre ça. Vu le millésime, chapeau, du très bon Bordeaux!
- Château Larrivet-Haut-Brion, Pessac-Léognan 10849569 – 49.95$
Grenat à reflets grenat : déjà l’indice d’une certaine évolution. Une chair adéquate, des tanins bien roulés - comme on sait si bien le faire à Bordeaux… De la présence, de la durée, l’expertise est manifeste et le prix raisonnable.
- Alter Ego de Palmer, Margaux 10849702 – 59.50$(D)
Rubis très sombre à reflets rubis et grenat. Aromatique et porteur de ces arômes venus d’un passage en bois de qualité – mais le tout bien dosé, sans excès. Dès l’entrée en bouche, la chair est manifeste, généreuse, presque sucrée. Les tanins, importants et appuyés sont d’une texture remarquablement agréable. La matière, au départ, devait être noble qu’on se dit (avoir été l’objet, dans le vignoble, de soins et d’attention) car autrement on peut difficilement parvenir à pareil résultat.
- Château Lagrange, Saint-Julien Grand Cru Classé 10850367 – 59.95$ (E)
Rubis très sombre à reflets rubis. Relativement peu aromatique au premier contact, puis le style se révèle assez fortement boisé avec la palette aromatique habituelle en pareil cas. En bouche, c’est charnu, concentré, étoffé et même presque sucré, avec des tanins qui évitent de se faire remarquer, soit une facture qui rappelle un peu la griffe de Michel Roland.
- Clos du Marquis, Saint-Julien 10849999 – 59.95$ (C)
Pourpre noir à reflets pourpres et fuscia. Aromatique et fortement marqué par les arômes de fruits rouges et noirs très mûrs, presque compotés. En bouche, dès le départ, c’est le grand jeu : une matière ample, croquante, juteuse, un parcours gustatif impeccable et qui a la grande qualité de n’être pas caricatural… car comme on dit « trop, c’est comme pas assez… ». J’aimerais bien le regoûter dans cinq ans, ce Marquis.
Pour avoir une petite idée du millésime qu’a été 2006 à Bordeaux, voici deux commentaire, ma foi, assez instructifs de chez Château Palmer (Margaux) et Château Lagrange (Saint-Julien). Et, comme chaque fois avec les Bordelais qui savent communiquer sur le vin comme personne, il faut bien entendu savoir aussi lire un ti-brin « entre » les lignes…
Ces Bordeaux 2006 sont très bons, alors de grâce ne vous privez pas!
http://www.chateau-lagrange.com/Millesimes/ChateauLagrange.asp?annee=2006
http://www.chateau-palmer.com
Les autres produits faisant partie de cette offre sont, en ordre croissant de prix :
- Cause rouge, Bordeaux 10886917 – 17.95$
- Château Beaumont Haut-Médoc 10826789 – 19.95$
- Château Puygueraud, Bordeaux côtes de Franc 10837621 – 24.30 $
- Château d’Escurac, Médoc 10849825 – 25.95$
- Château Lanessan, Haut-Médoc 10849690 – 27.60$
- Château Rolland-Maillet 10879864 – 32.25$
- Château Potensac, Médoc 10840011 – 39.00$
- Château Fonroque, Saint-Émilion Grand Crû Classé 10849673 – 45.50$
- Château Haut-Bages Libéral, Pauillac 10849884 – 45.95$
- Château Les Ormes de Pez 10849948 – 49.95$
- Les Pagodes de Cos, Saint-Estèphe 10860039 – 59.95$
- Château Smith Haut Lafitte, Pessac-Léognan 10859661 – 79.95$
- Pavillon Rouge du Château Margaux 10849809 – 85.95$
Raymond Chalifoux
17 janvier 2010
Publié dans le journal Le Mirabel
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