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Les trésors cachés de « Frozinoné »

 
 

 

Je rentre – encore – tout juste d'un autre bref séjour en Italie. Vérifications faites, il s'agissait de mon treizième passage dans la Péninsule depuis cinq ans et du troisième en 2009. À ceux qui tiqueraient, je rappellerai que sur la planète bleue, l'Italie demeure, à ce qu'on sache, le premier producteur de rouge... Et j'ajouterai qu'en ce qui me concerne, j'en suis à me demander si, de tous mes séjours là-bas, le dernier n'a pas été et de loin, le plus excitant...

Il s'agissait d'une « Mission commerciale » organisée par la Chambre de commerce de Frosinone («  frozinoné  »). La ville de Frosinone est un des chefs-lieux de la province du Latium (Lazio en italien) et elle est située presque à mi-chemin entre ces deux gigantesques agglomérations que sont Rome et Naples. L'objectif était de faire connaître à une brochette d'agences de représentation en vin d'ici, certains des vins et des alcools qu'on produit là-bas. De la douzaine de participants Québécois, j'étais donc le seul scribe - tous les autres étaient commerçants en vin ou en denrées alimentaires.

Parmi la vingtaine de régions viticoles que compte l'Italie, le Latium ne jouit pas de la meilleure réputation, dirais-je : jusqu'à l'an passé il ne pouvait offrir ne serait-ce qu'un seul vin de calibre DOCG - le sommet de la gamme dans ce pays. Cela tient au fait que là-bas, la quantité a toujours primé sur la qualité. Et si les « Frascati », « Cerveteri », « Castelli Romani » et autres « Est Est Est » ont fort bien abreuvé les populations du temps où le vin était un aliment, de nos jours ils séduisent assez difficilement l'amateur qui boit bien peu, mais bien mieux.

Alors pourquoi parler ici de trésor et même au pluriel? Parce que les vins qui nous été servis à Frosinone ont frappé mes préjugés défavorables avec toute la délicatesse d'un… marteau de forgeron, voilà pourquoi. Les organisateurs, délibérément, avaient surtout centré l'opération « charme » sur les vins de deux appellations, soit «   Atina Cabernet Doc » et « Cesanese del Piglio » - devenu DOCG en 2008. Le cabernet sauvignon, j'ignorais qu'on en cultive à Atina depuis plus de 150 ans maintenant, et qu'invariablement, il se retrouve dans les flacons flanqué de son cousin le cabernet franc, du merlot et de la syrah. Les meilleurs, sachez-le, sont absolument époustouflants. Quant au Cesanese , il s'agit d'un cépage autochtone, très exclusif à cette région, et qui - quand on bride bien les rendements – produit des vins d'un pourpre profond, tanniques, charnus, et dotés d'une palette aromatique d'une étonnante originalité. Bref, le bonheur! (Nous avons pu goûter un 2003 absolument renversant, frais comme une rose, encore pourpre presque noir et qui ma foi, durera toute l'éternité! Alors quand on songe à tous ces rouges européens du millésime 2003 qui ont déjà entamé leur descente aux enfers because le millésime a été trop chaud, on se dit qu'à l'évidence il y a là – chez le Cesanese de Frosinone – un truc qui mériterait d'être approfondi…)

Malheureusement, au Québec, avant d'être affaire de plaisir, de convivialité, d'enthousiasme ou même de commerce, le vin est d'abord « Affaire d'État ». Et on ne peut espérer consommer dans sa cuisine que ce que notre Kremlin des alcools a bien voulu acheter…

Pour l'heure, aucun des cabernets d'Atina ou des Cesanese de Piglio ne comptent parmi les élus. Toutefois, ces deux grands vins comptent maintenant une douzaine de nouveaux convertis et cela pourrait bien faire avancer leur cause relativement rapidement. Enfin, souhaitons-le!

En attendant, vous pouvez vous régaler du Castello D'Albola Chianti Classico Reserva 2004 (10254717 – 29$) Un beau vin toscan aux arômes francs, typiques, doté de cette fraîcheur et de cette « tanicité » particulière qu'on aime (ou pas..) chez le sangiovese. Un vin digeste et « food friendly » comme l'Italie sait encore en produire.

Ou encore :
Poggio alla Guardia Maremma 2006 (10843491 – 23$). Celui-ci m'a semblé plus près de l'élevage que du cépage… N'empêche, la chair est abondante, gouteuse, épicée, persistante, et au final, pas mal séduisante.

(Voyez bientôt sur www.leprofdevin.com le compte-rendu complet de ce court séjour à Frosinone.

Raymond Chalifoux
10 octobre 2009
Publié dans le journal Le Mirabel
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