Château Prieuré-Lichine - Quatrième Grand Cru Classé de Margaux
* Chapitre Premier *
C’est à cause de l’ « ENCYCLOPÉDIE DES VINS & DES ALCOOLS DE TOUS LES PAYS » d’Alexis Lichine – que j’ai gardée près de moi, au quotidien et pendant des années comme un curé traîne l’Évangile ou l’Aubergine son livret à contraventions –, si j’ai toujours eu un faible pour les vins de Grand Cru Classé de Margaux des châteaux Lascombes et Prieuré Lichine.
À l’époque de mon propre coup de foudre pour le vin bon, sauf la vénérable Revue du Vin de France - qui de toute façon n’était pas disponible ici -, les nombreux magazines sur le vin que nous connaissons aujourd’hui n’existaient pas. Le néant...
Pour l’amateur québécois qui voulait apprendre et se doter d’une culture vinaire, il n’y avait alors à disposition que ces trois mousquetaires aujourd’hui poussiéreux :
· « LE VIN » de Pierre Petel (1971), aux Éditions de l’Homme : Une infâme galette dans laquelle toute l’Italie viticole tenait sur les trois quarts d’une page, et l’Australie sur six lignes…
· « Guide du Vin » de Raymond Dumay (1972), dans la collection Livre de Poche Pratique, chez Stock : Dès son titre, ce bouquin mentait de belle façon en s’annonçant « guide du vin », alors qu’on n’y comptait pas une phrase sur la viticulture hors de France : « Guide du vin de France » qu’il aurait dû s’appeler, celui-là!
· « Encyclopédie des vins et des alcools de tous les pays » d’Alexis Lichine (1972) : Une brique d’un millier de pages ou presque, d’abord paru aux ÉU chez Alfred A. Knopf sous le titre « Encyclopedia of Wines and Spirits ».
Or quand j’ai découvert que mon maître Lichine de qui j’apprenais tant, possédait à la fois « Lascombes » et l’ex « Prieuré-Cantenac » devenu « Prieuré-Lichine », les vins de ces deux propriétés margalaises sont devenus pour moi souverainement attrayants, désirables. Et d’ailleurs, la toute première bouteille (chère) de Bordeaux de calibre Grand Cru Classé que j’ai achetée, fut effectivement un Château Lascombes (le 1978) qui, si ma mémoire ne me trompe pas, était à l’époque, des deux châteaux du sieur Lichine, le seul disponible à la SAQ.
Après le 1978 de Lascombes, ce fut le 1979. Et ainsi de suite…
Mais alors que l’étendue et la profondeur de mes notions en matière de vin fin progressaient, à mesure que plus large et mieux je goûtais, apparut insidieusement cette interrogation, ce doute porteur d’angoisse, celle que connaissent les fils adultes soudainement capables et désireux de faire reculer l’horizon, d’aller voir ailleurs… : Se pouvait-il, oh laideur vilaine, que les vins du « Maître », en fin de compte, ne soient que « bons », et non pas « très »? Se pouvait-il qu’il leur manquait l’indispensable – la constance – ce trait qui au final fait un « Grand », d’un « Cru Classé »?
Puis, un jour, la gouverne des Châteaux étant passée aux mains du fils Sacha (Lichine), le charme se rompit… De toute façon, mû par l’amour du grand vin, j’avais fort bien saisi qu’il y avait beaucoup à voir, à estimer et à acheter, ailleurs aussi!
* Chapitre Deuxième *
Le 30 janvier 2012, à l’invitation de Réal Wolfe et Sylvie Brossard de l’agence « Franc-Vins Inc. », plusieurs chroniqueurs spécialisés ont eu la chance de déguster, d’échanger et de se restaurer au toujours remarquable restaurant Europea, rue de la Montagne à Montréal, en compagnie de Lise Latrille, Directrice Générale du Château Prieuré-Lichine et de Ludovic Fradin, Directeur Export chez Maison Hébrard.
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Nous avons pu goûter les cuvées « Confidences » - le deuxième vin de la propriété – dans les versions 2008 et 2009, de même que le Grand Vin de ces deux mêmes millésimes.
Que je vous livre mes impressions :
· « Confidences 2008 » de Prieuré-Lichine – Margaux : Rubis franc, très sombre, à reflets rubis soulignés de notes (naissantes) de grenat. Moyennement aromatique, agréable, assez typique et sans surprise. En bouche, la chair d’ampleur moyenne est clairement perceptible dès le départ. Les tanins suivent, sans aspérités; quasi… « ouvrés ». La finale est d’une durée appréciable et l’ensemble plaît pour être égal, constant, sans creux : Un « second » vin réussi, à prix fort intéressant, dans un millésime ayant exigé par moments des vignerons, pas mal de… gymnastique. La note 16,6 /20
· « Confidences 2009 » de Prieuré-Lichine – Margaux : Rubis franc très sombre à reflets rubis et encore un peu pourpre. Le premier nez est prenant d’opulents arômes de fruits qu’on imagine tendres et bien mûrs : très invitant! En bouche, dès le premier contact, on est flatté par une chair abondante, quasi sucrée, toute en courbes, et à laquelle participe – à l’évidence – la générosité de l’alcool qui, à température trop généreuse, attention, pourrait faire preuve d’une certaine ardeur… (Pour avoir passé trois semaines en Europe en août 2009, je dirais que cette cuvée reflète bien ce qu’offrit ce millésime…) La note : 17,2/20
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· Château Prieuré-Lichine Quatrième Grand Cru Classé Margaux 2008 (SAQ 11173919-54$) : Rubis très sombre à reflets rubis. D’une belle franchise aromatique et de bonne ampleur. En bouche, la cour qu’il vous fait.. est convaincante à souhait! Les tanins (bienvenus) sont agréables et ne demandent qu’à relever bellement éventuellement, toute viande noble qu’on voudra bien lui présenter : Trop d’œnologues « gomment » de nos jours les tanins, sous prétexte que monsieur et madame Machinchose, amateurs de fraîche date, par ignorance et par inaptitude, dédaignent la savante contribution à l’ensemble de la toile sensorielle d’un vin, que ces mignons peuvent apporter . Encore une fois, vu le millésime, une réussite incontestable et à prix fort attrayant. Bravo, tous ont adoré! La note : 17,5/20
· Château Prieuré-Lichine Quatrième Grand Cru Classé Margaux 2009 : Rubis-pourpre quasi opaque. Premier nez assez.. costaud : le millésime a été bon et ça se sent! En bouche, c’est l’opulence : le fruit est à l’avenant, la chair se répand, la trame tannique de bon volume est veloutée, la persistance convainc; bref, c’est du gros! Riche, jouissif, et doté d’un volume qui invite au rêve de ce qu’il pourrait devenir, le bellâtre, dans cinq ou sept ans… (Je vois, quant à moi, une table avec deux couverts seulement… un confit de canard étoilé de pacanes grillées, nappé d’une sauce fine « cerise noire et porto », le tout flanqué de croustillantes et parfaitement cochonnes frites « maison ».) La note : 18/20
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Ciel, que de bonnes choses!
Au final, cette matinée m’a laissé l’impression (devenue depuis conviction…) que les vins du Château Prieuré-Lichine n’ont jamais été aussi bons. Et que feu mon maître le Commandant Lichine, là où il se trouve, doit en être ravi! Merci, Madame la Directrice!
Raymond Chalifoux
Février 2012
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