Quand bonheur s'écrit « Barolo » ou « Barbaresco »
Alba, c’est en Italie, à 150 km au sud-ouest de Milan, dans la province de Cuneo. Selon ce qu’on en dit dans la région, cette petite localité serait l’une des plus prospères du pays et le taux de chômage – en regard des normes occidentales – y serait donc remarquablement bas. Les résidents d’Alba expliquent ce phénomène par le fait que la ville abrite une importante fabrique – la première – de l’illustre maison Ferrero à qui l’on doit les friandises au chocolat de marque Ferrero Rocher, la tartinade Nutella, les mini menthes Tic Tac, les cerises macérées Mon Chéri et bien d’autres délices. À Alba, les arômes qui se répandent dans la ville chaque jour permettent à tout un chacun de savoir ce qui se fabrique dans la grande usine…
Si votre amour du vin fin vous amenait un jour dans le Piedmont, à Alba, l’Hôtel Savona, un trois étoiles, est le bon choix www.hotelsavona.com . Il est situé à quelques dizaines de mètres à peine de l’avenue commerciale – mais surtout piétonnière – Victor Emmanuel II où vous trouverez, entre autres, terrasses, bijouteries, et une demi douzaine de boutiques à fringues comme on n’en trouve qu’en Italie. Et, chaque samedi matin, un marché public qui fait l’envie de toute la région.
(La semaine prochaine, une autre chronique vous racontera trois établissements de restauration d’Alba que nous avons aimé.)
Photos de Raymond Chalifoux - Tous Droits Réservés
Alba, la région viticole
La région viticole ayant Alba pour métropole se divise en deux parties : au nord-ouest se trouve le secteur de Roero et à l’est, sud-est, celui de Langa que les œnophiles connaissent surtout sous le nom de Langhe. Les deux appellations qui viennent le plus rapidement à l’esprit sont bien évidemment Dolcetto d’Alba et Barbera d’Alba. Mais, le vignoble d’Alba c’est bien plus car c’est en fait l’une des régions viticoles les plus prestigieuses de la planète : c’est de là que nous parviennent ces vins inimitables, ces cuvées d’une classe à nulle autre pareille que sont les très chers et très fameux Barolo et Barbaresco : des vins dont peuvent être fiers les habitants de toute la Péninsule! Mais, une image valant mille mots, pour mieux saisir rapidement la vraie nature de la production viticole de ce coin d’Italie, jetez un coup d’œil sur les quelques illustrations que voici :
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Je tiens, enfin, à signaler aux amateurs de bons vins blancs l’existence de cette petite merveille, de ce secret beaucoup trop bien gardé qu’est le cépage blanc autochtone Anas-Cëtta (qu’on écrit aussi Nascetta) et qui n’est cultivé que par une poignée de bons domaines, dont Azienda Agricola Elvio Cogno, http://www.elviocogno.com, Azienda Agricola Rivetto, http://www.rivetto.it entre autres.
A ma connaissance, on n’en trouve pas encore au Québec. C’est bien malheureux car, pour l’avoir goûté à l’Anas-Cëtta à plusieurs reprises, j’affirme que cette merveille a toutes les qualités du Viognier, et sans en avoir les défauts : les vins sont charnus, riches, veloutés, exubérants d’arômes de fruits à chair blanche et de fruits exotiques, mais dotés d’une vivacité, d’une fraîcheur toute naturelle qui les rend tout bonnement délectables, certes, mais aussi… durables.
À quand, leur arrivée sur les rayonnages de la SAQ? Chez Azienda Elvio Cogno, Nadia Cogno et son conjoint Valter Fissore – un œnologue de talent – en élaborent près de 12,000 bouteilles : il devrait bien y en avoir quelques-unes pour le marché d’ici, non? Voyez ces deux liens :
http://www.elviocogno.com/img_sito/pdf/miravalle.pdf http://www.elviocogno.com/riconoscimenti_vini/...
Alba Wine Exhibition
Au 18e siècle, de fiers vignerons de la région d’Alba décidèrent de se distinguer en utilisant pour leurs vins une bouteille différente, nouvelle et exclusive, qu’ils nommèrent « Albeisa ». Malheureusement pour eux, quand les troupes d’un certain Napoléon envahirent le Piedmont italien en 1796, elles imposèrent progressivement à tous les producteurs l’emploi de bouteilles… françaises – quoi d’autre.. – déjà répandues, soit la bourguignonne et la bordelaise.
En 1973, un groupe de 16 producteurs « albaisans » tout aussi fiers que l’avaient été leurs ancêtres du 18e siècle, décida de revenir à l’emploi de la bouteille « Albeisa ». Parmi ces nouveaux traditionalistes, producteurs de Barolo et de Barbaresco, on pouvait compter Batasiolo, Giacomo Borgogno, Calissano, Cavallotto, Ceretto, Elvio Cogno, Mauro Mascarello, Produttori del Barbaresco, Oddero, Renato Ratti, Francesco Rinaldi, Terre del Barolo et un certain Gaja...
Aujourd’hui, l’important consortium chargé de défendre les intérêts de toute la filière vin albaisane – y inclus les commerçants revendeurs – a adopté pour s’identifier le nom d’Albeisa et compte plus de 200 adhérents qui ensemble utilisent chaque année plus de 12 millions d’exemplaires de cette fameuse bouteille originale créée au 18e siècle.
Chaque année depuis 14 ans Albeisa organise un grand rassemblement appelé « Alba Wine Exhibition » aussi connu sous l’acronyme « AWE » En anglais « awe », comme dans « awesome » désigne quelque chose de grandiose, d’imposant… Le clin d’œil est ici fort à propos car chaque année AWE est un événement majeur, et qui démontre à tous ceux qui ont la chance d’y assister que cette perception à l’effet que les Italiens, bon enfant, sont incapables d’organisation et d’efficacité est complètement à côté de la réalité. L’édition 2009 à laquelle j’ai participé s’est déroulée du 10 au 15 mai, et pour l’occasion plus de 300 vins provenant de chez 164 producteurs différents ont été offerts en dégustation aux professionnels – acheteurs et commentateurs – venus d’une vingtaine de pays. Fait à signaler, on tenait cette année à mettre l’accent sur ces mentions géographiques nouvellement autorisées depuis 2007 en appellation DOCG Barbaresco. Au nombre de 65, ces mentions (ces « crus » dirait-on en français), sont dites « Menzioni Geografiche Aggiuntive » en italien.
Pour les francophones que nous sommes, le mot « crû » implique un niveau de qualité supérieure venue d’un « terroir », ou d’un endroit relativement petit, bien délimité, et capable de produire des vins dotés d’un caractère à nul autre pareil. Nos hôtes piedmontais ont toutefois insisté que quant à eux, ces « Menzioni Geografiche Aggiuntive » ne garantissent pas un niveau supérieur de qualité mais servent plutôt à identifier avec plus de précision l’origine géographique des cuvées. Elles visent aussi, en quelques sorte, à arrimer encore plus solidement la production albaisane aux différents terroirs non seulement dans la perception du consommateur, mais dans celle des producteurs également! Et, belle initiative d’Albeisa, chaque participant à l’édition 2009 de l’AWE s’est vu remettre un trio de grandes cartes indiquant avec précision les limites géographiques desdits crus. Ces cartes très colorées ont été réalisées grâce au concours d’Alessandro Masnaghetti - un chroniqueur en vin italien bien connu. Il a effectué les recherches et les vérifications tant sur le terrain que dans les registres cadastraux officiels. Pour info, Alessandro Masnaghetti est le conjoint de Christina Geminiani, œnologue et copropriétaire du très fameux domaine Fattoria Zerbina en Émilie-Romagne.
Barbaresco : les mentions approuvées
La création de la première coopérative de producteurs de Barbaresco date de 1894 et de celle du Syndicat des producteurs de 1908. L’appellation obtint le statut DOC en 1966 et celui de DOCG en 1980. L’approbation officielle des « Menzioni Geografiche Aggiuntive » par le ministère de L’Agriculture de L’Alimentation et de la Forêt à été accordée le 21 février 2007 et la publication dans la Gazette Officielle de la République Italienne a été faite dans le Numéro 51, en date du 2 Mars 2007. Cela signifie que les tout premiers vins abordant ces mentions arriveront sur les tablettes en 2010.
Barbaresco, c’est 682 hectares de vignes réparties entre 185 producteurs responsables d’un volume s’élevant aujourd’hui 4,454,800 bouteilles. Le territoire de la DOCG Barbaresco est subdivisé en quatre communes : Neive, Treiso, Alba et Barbaresco. Voici la liste des mentions approuvées. (Celles de Treiso et Alba sont ici regroupées).
Treiso-Alba: Castellizano, Ferrere, San Stunet, Vallegrande, Marcarini, Pajorè, Giacosa, Casot, Ausario, Rombone, Garassino, Mansola, Valeirano, Rizzi, Nervo, Bricco di Treiso, Bernardot, Rocche Massalupo, Giacone, Montersino, Merussano.
Neive : Cottà, Basarin, San Cristoforo, Currà, Gaia Principe, Fausoni, Gallina, Albesani, San giulano, Marcorino, Bordini, Balluri, Starderi, Serracapelli, Serragrilli, Bric, Micca, Serraboella, Bricco di Neive, Rivetti, Canova.
Barbaresco: Vicenziana, Ovello, Montefico, Montestefano, Cole, Ronchi, Cavanna, Secondine, Pajè, Rabajà-Bas, Cars, Muncagöta, Faset, Pora, Asili, Martinenga, Rabajà, Trifolera, Tre Stelle, Rio Sordo, Ca’Grossa, Montaribaldi, Roncaglie, Roncagliette, Roccalini.
Barolo: les mentions
En ce qui concerne les mentions du Barolo, nous y reviendrons car aucune n’a encore été approuvée.
Alba Wine Exhibition, c’est une rencontre absolument extraordinaire, unique! Je ne connais pas d’autre occasion de pouvoir déguster près de 500 vins Piedmontais de très haut calibre en moins d’une semaine!
Voilà donc pour la première partie de ce long article. À suivre!
À venir: « Se restaurer à Alba: mes choix. » et « Petit tableau analytique des scores »
Raymond Chalifoux
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